topblog Ivoire blogs

04/01/2015

2015 : LES VŒUX DU MINISTRE ERIC KAHE, PRÉSIDENT DE L’AIRD

Chers Camarades militantes et militants de l'AIRD ;

Chers amis de l’AIRD ;

Chers frères et sœurs ;

Chers compatriotes et amis de la Côte d'Ivoire.

Pour la quatrième fois consécutive, et aujourd'hui plus que jamais, les vœux que nous avons à cœur de former les uns pour les autres, en ce début d'année nouvelle, se trouvent placés sous le signe fragile de la seule espérance, cette "petite fille de rien du tout", selon l’expression de Charles Péguy.


Aird-Alliance, Eric Kahe, voeux 2015

Espérance obstinée d'un monde enfin libéré du spectre de ces carnages rituellement condamnés par ceux-là même qui en planifient l'inéluctable résurgence à seule fin d'asseoir la pérennité de leurs profits. Et pour nous, enfants d'Éburnie, espérance d'une Côte d'Ivoire délivrée du cauchemar où l'ont plongée quelques grands fauves désespérés, désespérés d'eux-mêmes au point de n'avoir plus qu'une seule ambition: celle d'infliger aux autres la punition de leur fatale désespérance.

Certes, tout a été fait depuis sous le regard attentif d'une "communauté internationale" oscillant entre hypocrisie, cynisme et naïveté , pour repeindre, chemin faisant, le cauchemar aux couleurs satinées des lendemains qui chantent Mais le fait est là, massif et incontournable : notre belle Côte d'Ivoire, naguère  engagée sur le chemin d'un développement réel et global bénéficiant à tous, sans aucune exclusive d'appartenance tribale, religieuse ou sociale, est aujourd'hui un pays à nouveau endetté pour des décennies; un pays où la façade trouée d'une "croissance" ne profitant qu'à certains privilégiés, ne saurait masquer le lent naufrage de la nation, toute entière, qui sombre dans l’océan de la pauvreté, du tribalisme, de la violence et de la peur de l’autre, de l’intolérance, de la haine et de l’injustice.

Pourtant, la "petite fille espérance", l'air de rien, parce qu'elle a déjà triomphé au fond de chacun de nous de toutes les tentations du découragement, du fatalisme, de la lassitude et de la peur, cette "petite fille espérance", à l'image de tous ces petits qui nous entourent et peuplent nos familles enfants et petits-enfants, messagers de lumière et d'avenir ; cette "petite fille espérance" porte d'ores et déjà la victoire en bandoulière : victoire d'une vérité de jour en jour plus difficile à nier pour ceux qui, pendant près d’une décennie se sont acharnés à vouloir lui substituer leurs mensonges; victoire de la fidélité à nos idéaux sur la fébrilité dont transpire chacune de leurs combines; victoire des réussites promises à ceux qui préfèrent la droiture aux calculs, le courage à la facilité, la vraie bonté aux sourires menteurs, le geste simple aux creux discours, la soif de justice à la soif de pouvoir, la paix offerte à la guerre imposée.

À côté des solutions sans nom qui nous ont été promises, il y a celle qui est imparable contre la haine : l’amour. Car comme le fait remarquer le curé Michel Quoist
 «d’un corps qui combat, sans un cœur qui bat, ne peut naître une victoire ; car les luttes sans amour, sont des luttes en vain, le sang qu’elles font couler, appelle un autre sang »

Parmi les défis qu'il nous faudra tous ensemble relever en 2015, j'en discerne trois, liés à l'urgence des temps : le premier concerne, la restauration en profondeur de notre grande famille politique élargie, aujourd'hui fédérée sous le sigle de l'AFD. Laminée depuis quatre ans par le jeu subtil d'un pouvoir faisant alterner à sa guise violence et main tendue, arrestations et libérations provisoires, tortures et propositions de dialogue, persécutions de fait et rhétorique de la "réconciliation", cette famille est aujourd'hui tout entière secouée par la crise qui déchire l’un des plus importants de ses membres, le FPI.

L'issue de cette crise, dont la prolongation compromettrait aussi bien la crédibilité de notre commun combat, que la lisibilité de nos objectifs, m'apparaît simple et à portée de main : fidèles à l'esprit et à la vision du président Laurent Gbagbo qui a su transcender les partis politiques, nous formons encore aujourd'hui, la toujours "majorité", cette fois-ci sociologique. Aujourd'hui plus que jamais, à dix mois d'élections programmées, pour obtenir l’accompagnement vers la légitimité - sans la nécessaire transparence et sans garantie d’équité - ; c'est encore et toujours  l’exil sans espoir et la détention de nos camarades et frères et sœurs qui doit renforcer notre détermination à nous regrouper sans réserve pour obtenir justice à travers leur libération et celle d’une personnalité africaine de premier plan, scandaleusement détenue. Cette libération sera le levain du pain de la réconciliation. C’est cette réconciliation qui conduira à libérer toutes les énergies du pays afin de permettre son véritable développement. Ayons le courage de la réalité et assumons notre histoire, si laides soient certaines de ses parenthèses.

Dans le domaine de l'agriculture, à l'heure où, comme ailleurs, des pans entiers du territoire ivoirien sont menacés d’être transformés en champs d'expérimentation à grande échelle de cultures OGM, il est urgent et tout à fait réalisable à court et moyen terme dans nos campagnes de travailler à un remaillage méthodique de la trame économique et humaine de nos sociétés rurales. La remise à l'honneur des cultures traditionnelles et des méthodes ancestrales couplées à l'utilisation intelligente et solidaire de ce que la technologie contemporaine peut offrir de meilleur, améliorées par une mécanisation maîtrisée à usage collectif, devra s'accompagner d'un recours aussi large que possible aux expériences engrangées en bien des lieux par ceux qui luttent contre la mise mort programmée des ressources naturelles; ces ressources qui récemment encore, suffisaient à garantir à tous les Ivoiriens l'autosuffisance alimentaire, et qui, grâce à votre détermination, y suffiront à nouveau dans un proche avenir. L'objectif prioritaire restant la lutte contre l'endettement, et le refus des stratagèmes de séduction qui y conduisent.

Sur le plan sanitaire, c'est la menace du virus Ébola, planant sur toute la région, qui doit aujourd'hui servir de tremplin à la promotion d'une nouvelle vision de la prévention et de la guérison des maladies; une vision fondée moins sur la confiance aveugle dans des savoirs liés au seul profit, que sur la redécouverte des chemins de sagesse frayés un peu partout dans le monde par des hommes et des femmes de science et de bon vouloir, opposés aux dérives mercantiles d’une certaine médecine et de la pharmacologie du gain.

Devant les pistes ouvertes ici et là, informons-nous, soutenons nos chercheurs pour des études peu coûteuses et travaillons à reconquérir, sur ce sujet brûlant, le terrain perdu par le cynisme des uns et l'ignorance des autres !

Plus largement, à l'heure où le pouvoir annonce la mise sur pied de sa nouvelle CMU payante et à l'universalité non encore démontrée, il nous appartient de lui rappeler que cette solidarité minimale est une nécessité au recul du tribalisme. Il reste à s’assurer que cette protection sociale ne fasse pas  l’objet d’une autre passation occulte de marché au profit d’un clan, ce qui ne pourrait qu'en  menacer la pérennité.

Si j'ai choisi ces deux exemples deux parmi tant d'autres touchant à l'agriculture et à la santé, c'est parce qu'ils me semblent emblématiques des "petites" batailles grâce auxquelles, de proche en proche, de poche en poche, nous verrons se reconstituer le tissu social, économique et politique d'une Côte d'Ivoire peuplée de sages : une Côte d'Ivoire réconciliée avec ses racines africaines, heureuse des richesses que lui offre son incroyable diversité, forte des complémentarités que des intérêts de la finance cherchent depuis toujours à exacerber en rivalités guerrières et en antagonismes meurtriers; une Côte d'Ivoire à la fois fière d'un passé que l'on a voulu l'inciter à renier, et ouverte à toutes les initiatives qui, dans le monde contemporain, peuvent l'aider à inventer un avenir respectueux de ses valeurs séculaires; une Côte d'Ivoire en un mot invulnérable à tous les assauts destructeurs, à toutes les intrigues visant à préparer d'éventuelles crises à venir !

 Notre Côte d'Ivoire devra apprendre à devenir une Nation afin de résister à toute manipulation! D’où notre campagne pour l’unité. Cette campagne se base sur la valorisation de l’autre d’abord, par la mise en avant des qualités et richesses de son ethnie, afin de contrer les divisions dont se satisfont les dictatures.

Chers compagnons de lutte, chers frères et sœurs, du Centre, du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, l'espérance dont nous avons parlé fragile autant qu'indestructible ; cette espérance-là se conjugue au présent; c'est le seul temps qui lui convienne ! Présent universel et indomptable de la gratuité, face aux vices cachés des marchés en tous genres auxquels on veut nous assujettir: marchés financiers, économiques, énergétiques, idéologiques, médiatiques, militaires et religieux. C'est de notre commune aptitude à donner sans réserve et sans retour, que naîtra la Côte d'Ivoire dont nous rêvons, une Côte d'Ivoire prospère et pleinement heureuse; afin que notre nation redevienne ce phare de l'Afrique de l'Ouest, source d'inspiration pour tous les pays de la région et terre d’hospitalité.

C'est en pensant à ces millions de compatriotes blessés dans leur chair et dans leur âme, subissant au jour le jour les incalculables conséquences des violences perpétrées contre eux-mêmes ou leurs proches, familles d'assassinés, de disparus, de torturés, de détenus, de malades privés de soins; familles exilées sans ressources; familles spoliées de leurs maisons et de leurs terres, que je tiens à vous présenter à vous d'abord, militants de l'AIRD, mes vœux de pleine bénédiction pour l'année qui s'ouvre. Que l'Éternel, de qui dépend toute réussite, vous remplisse de force, de droiture et de joie, sur le chemin d'un combat –pacifique et républicain-  dont l'issue est certaine, pour peu que, sans jamais en douter, nous restions fidèles et persévérants. Merci et félicitations à la direction intérimaire, aux cadres et militants, pour l’immense travail accompli dans la discrétion, et qui, bientôt porté au grand jour, fera bien des jaloux !

Et c'est au nom de la famille AIRD que j'adresse à tous les détenteurs d’une parcelle de pouvoir dans ce pays, à tous mes frères et sœurs ivoiriens, et au premier d'entre eux, notre frère et camarade Laurent Gbagbo - celui qui a tout donné, incarcéré depuis 1.365 jours comme la graine en terre - mes vœux les meilleurs et les plus chaleureux pour une année placée sous le signe du courage, du pardon et de la dignité, ces fruits de l'espérance que lui-même, exemplairement, n'a cessé de porter aux yeux de tous.

BONNE ET HEUREUSE année 2015 à toute la Côte d'Ivoire.

Bénie soit l’Afrique.

 

Le 1er Janvier 2015 

Le ministre Eric KAHE

Président de l'AIRD

16:09 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | |

Les commentaires sont fermés.