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25/11/2014

CRISE AU FPI : PETITE LECON d'HISTOIRE POLITIQUE (QUAND AHOUA DON MELLO JETAIT L’ÉPONGE…)

(Analyse de Ferro Bally, journaliste indépendant)

 

L’ambiance électrique d’avant le 4è Congrès ordinaire du FPI (11, 12, 13 et 14 décembre 2014) rappelle étrangement l’atmosphère délétère qui a précédé le 2è Congrès ordinaire, en 1996.


 

Si aujourd’hui, la crise politique, consécutive à une crise de confiance, qui a éclaté est la face visible d’une rupture idéologique relative, selon Laurent Gbagbo, à «l’hibernation dans laquelle est plongé le parti face aux défis de la reconquête des libertés démocratiques obtenues à partir de 1990, et assassinées depuis le 11 avril 2011» et au détournement de la lutte du FPI qui devrait «être le recouvrement des libertés démocratiques gravement embastillées», si l’on en croit Jo Mamadou, chargé de mission de Gbagbo (in le journal Le Temps du 21 novembre 2014), hier, les graves dissensions portaient sur l’exercice de la démocratie interne à travers le Comité central.

Car, cette instance créée pour éviter la dictature et les velléités autocratiques à l’intérieur du parti et dirigée par Ahoua Don Mello, a eu maille à partir avec la direction du FPI représentée par Laurent Gbagbo. La raison, les décisions du Comité de contrôle étaient exécutoires de sorte que quand il contestait la légalité et la régularité d’une mesure de la direction du parti, celle-ci devenait nulle et de nul effet, sans appel. Au nom de ce bicéphalisme qui ne disait pas son nom, Don Mello, à la tête d’une instance puissante, était devenu l’homme à abattre.

Gbagbo atteignait son objectif avec Affi.

Ainsi, si aujourd’hui la lutte, âpre et sans quartier, oppose les parricides aux fratricides pour contrôler le parti, hier elle a mis aux prises, dans un débat passionné au cours duquel le tribalisme a été exacerbé, ceux appelés «Akancrates» pour les discréditer - Ahoua Don Mello, Jacques Kacou, Franck Komenan et autres Guéi Valère - et les «Gbagbocrates», c’est-à-dire les partisans de Laurent Gbagbo.

A ce Congrès, le Comité de contrôle, dans le collimateur de la direction, a été émasculé et a perdu tout pouvoir exécutoire. Et Laurent Gbagbo, avec le soutien actif et sans faille de… Pascal Affi N’Guessan, atteignait son objectif : il se débarrassait d’un empêcheur de tourner en rond, devenait président du parti (au lieu de secrétaire général), avec les pleins pouvoirs. Mis alors en minorité, à l’issue du Congrès dirigé par Paul Yao N’Dré, Ahoua Don Mello, candidat à sa propre succession, créait l’événement de ces assises surchauffées en retirant sa liste de la course. Et sa déclaration, que je vous propose ci-dessous, toujours d’actualité, interpelle sur les dérives, face à l’absence de contre-pouvoir et les enjeux cruciaux de la lutte du FPI, parti encore à la croisée des chemins.

don mello.jpgDéclaration de Don Mello sur le retrait de sa liste au Congrès de 1996

«Bien chers camarades,

C’est avec un réel plaisir que j’ai eu à assumer avec responsabilité, mes charges de président du comité de contrôle du FPI.

Vos réactions face aux rapports du Comité de Contrôle, prouvent que je ne vous ai pas déçus dans l’accomplissement de la lourde tâche que vous m’aviez confiée. C’était une grande première qu’un contre-pouvoir soit instauré dans un parti politique pour expérimenter la démocratie interne.

Comme un parti non démocratique, ne peut conduire son peuple vers la démocratie, je me suis battu à la convention de Man et à ce congrès pour maintenir le principe du contre-pouvoir et proposer des améliorations.

Hélas, mille fois hélas, je n’ai pas été entendu, vous avez décidé à une écrasante majorité de présidentialiser le FPI et de supprimer le principe du contre-pouvoir en rendant non exécutoire les décisions du Comité de contrôle. Je m’incline devant la majorité tout en assumant ma minorité.

Je continuerai le combat en interne car je suis convaincu que nous faisons fausse route et que nous creusons la tombe de la démocratie interne.

Après avoir creusé la tombe de la démocratie interne, nous avons aussi creusé la tombe du socialisme en adoptant un nouveau programme de gouvernement qui livre les secteurs stratégiques de notre économie à l’impérialisme sous prétexte de la bonne gouvernance, du recul du socialisme et le triomphe du libéralisme après la chute du mur de Berlin. Nous sommes allés plus loin en soutenant le RDR et son leader par l’adoption du Front Républicain à ce congrès et donc une échelle politique à celui qui a livré notre économie à l’impérialisme en sacrifiant les acquis sociaux sans redresser les finances publiques.

La conséquence à terme d’une telle inconséquence, est la recolonisation de la Côte d’Ivoire avec notre complicité active pour enterrer notre souveraineté.
Voilà pourquoi je me suis battu pour le maintien d’un programme de gauche et une alliance avec les forces sociales qui constitue notre raison sociale au lieu d’une alliance structurelle avec les représentants de l’impérialisme pour une alternance sans alternative idéologique et qui nous coupera de notre base sociale.

Là aussi j’ai été vaincu. J’assume ma minorité car je suis convaincu que la voie empruntée conduira notre souveraineté à la tombe et une recolonisation de la Côte d’Ivoire

Dans cette bataille, on m’a accusé de tribalisme, de vendu au PDCI, de celui qui veut prendre la place de Gbagbo, etc. Je n’ai pas voulu réagir publiquement car ce sont les armes de ceux qui n’ont pas d’arguments, mais je tiens à dire haut et fort et d’une manière solennelle que je ne suis pas un «Akancrate» mais un démocrate et un socialiste qui se bat pour un FPI démocratique et socialiste pour l’avènement de la démocratie et du socialisme en Côte d’Ivoire et en Afrique.

Je n’ai donc pas un combat contre Gbagbo mais un combat contre les dérives dictatoriales et impérialistes du FPI. Gbagbo et moi nous nous connaissons depuis 1983 et le débat a été notre pain quotidien, franc et sincère et il sait lui-même que je ne suis pas au FPI pour prendre sa place car je n’ai que 38 ans et je ne suis pas éligible aux élections présidentielles.

Quant à mon adversaire du Jour, le doyen Memel Foté, je tiens à m’incliner devant le grand combat qu’il a mené dans le passé. C’est dans les livres d’histoire que nous autres, nous avions connu son nom et son adhésion au FPI est une fierté pour chaque militant du FPI.

Par respect pour son combat et pour continuer le mien et contribuer à faire renaître le FPI et la Côte d’Ivoire suite à la mort programmée que nous venons de décider à ce congrès, j’annonce la création d’un courant politique et le retrait de ma candidature.

DON MELLO Ahoua

Secrétaire à l’organisation du FPI (1988-1990)

 

Président du Comité de Contrôle du FPI (1990-1996)»

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