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21/10/2014

L’ASSISTANTE MINISTÉRIELLE QUI VALAIT 150 MÉDECINS.

Les questions de fond que pose une affaire qui n’a rien de banal !


AIRD 1480625_183434575194493_2000886198_n.pngLes réseaux sociaux proches de la Côte d'Ivoire sont alimentés par la double affaire de la dernière mission du Premier Ministre Ivoirien (en réalité le premier des ministres sur le papier) aux USA, dans le cadre des réunions du FMI et de la Banque Mondiale. Le voyage aurait coûté 400 millions FCFA au lieu des 280 millions initialement prévus et une assistante d’un ministre, membre de la délégation, aurait perçu 3.000 dollars de frais de mission par jour, soit 1 million cinq cent mille francs par jour, l’équivalent du salaire mensuel de cinq médecins. Elle vaudrait donc, à elle seule, 5x30= 150 médecins. Une assistante qui vaut 150 "Bac+7". L’affaire a été ébruitée par le période d’investigations La lettre du Continent (LC). Le chef de l'État serait monté au créneau pour faire savoir sa nème  colère sur la corruption et la mauvaise gouvernance endémiques de son équipe gouvernementale.

Colère légitime ! Mais comment cela a-t-il pu être possible sans être su au départ ? En effet, les missions à l’étranger font traditionnellement l’objet, d’une communication en Conseil de gouvernement, sous la présidence du PM. Après validation de ce conseil, la communication doit passer l’étape du Conseil des Ministres présidé par le chef de l'État.

Cette communication décline, dans son exposé des motifs, le contexte de la mission, les retombées pour le pays, les raisons objectives qui la rendent nécessaire, de même que sa ligne de programmation budgétaire. Pour cette dernière raison, elle doit avoir été signée par le ministre des Finances. La communication mentionne les noms de tous les participants à la mission, ministres et collaborateurs sans distinction de niveau hiérarchique. Elle indique précisément le montant, au franc près, des frais de mission versés à chaque participant et le coût des billets d’avion. La communication demande l’autorisation du Conseil des Ministres, après visa du ministre des Finances qui certifie l’existence de la ligne budgétaire spécifique ou de la ligne des « divers et imprévus » si la mission n’était pas prévisible (évènement particulier, obsèques d’une personnalité étrangère, etc.)

Or une assemblée de la Banque Mondiale et du FMI est toujours programmée d’avance. Donc le montant total de la mission est connu à la confection du budget en début d’année.

Une fois la mission validée en Conseil des Ministres, une attestation est délivrée par le Secrétariat Général du Gouvernement. Muni de cette attestation, chaque participant à la mission, s’adresse au Trésor ou aux structures ayant accepté de prendre part au financement, pour la délivrance des billets d’avion et des perdiems.

Il convient de noter que ces perdiems sont bien encadrés. Ainsi, jusqu’en avril 2011, un ministre est plafonné à 200.000FCFA/jour soit 400 dollars. Toutefois, son attestation lui permet de bénéficier d’un « complément » du service financier de la Présidence de la République. Ce complément est aussi de 200.000FCFA/jour. Soit au total 400.000FCFA/jour ou 800 dollars/jour de mission pour un ministre en fonction. Là où une assistante aurait perçu 375% du perdiem officieux d’un ministre, et 750% de son perdiem officiel. Des records de bonne gouvernance pour une Côte d'Ivoire bientôt émergente par accélérateur de particules corruptives.

Comment a-t-il été donc possible pour une assistance, dont le perdiem est inférieur est celui d’un directeur de cabinet (125.000F/jour) d’être autorisé par le Conseil des Ministres à percevoir 1 million 500 mille par jour ? Si le Conseil ne l’a pas autorisé, comment ces sommes ont pu être décaissées ? Sur le budget de souveraineté de la présidence, à l’insu du chef de l'État ? Sur le budget de souveraineté du PM, à son insu ? En cas de réponse affirmative aux deux dernières questions, les assistantes de ministre émargent-elles sur les budgets de souveraineté du PM ou de la Présidence ? À moins que les ministres eux-mêmes ne disposent désormais de budget de souveraineté ! Les dépenses sur ces budgets de souveraineté ne font-elles pas l’objet de procédure de décaissement,  au nom de l’unicité de la caisse de l'État ? La Côte d'Ivoire est-elle réellement gouvernée ou veut-on encore sacrifier un DAAF pour la gloire des chefs et une bonne gouvernance d’écran ?

Pour mémoire, sous Laurent Gbagbo, les missions du PM Affi N’guessan dans le cadre de l’AGOA et des mêmes réunions FMI/BM n’ont jamais dépassé 100 millions de FCFA. Outre le PM, une demi-dizaine de ministres, dont les ministre Achy Patrick, Léon Monnet, Eric Kahe y ont participé, accompagnés de collaborateurs.

Enfin, si la dépense a été faite dans le dos du Conseil des Ministres et donc du chef de l'État qui s’en émeut, quelle est la source de sa divulgation ? Provient-elle des opposants à l’appel de Daoukro ? Ou bien, cette dépense fragilise les opposants à cet appel ?

Et surtout, comment a-t-on pu dépasser de 120 millions (400 – 280) le montant autorisé d’une dépense encadrée ? Comment ces 120 millions ont-ils été sortis des caisses de l'État, sans autorisation ni document ? Le salaire annuel de 33 médecins par un simple claquement des doigts !!!!

21 octobre 2014,

 

La rédaction du Blog AIRD

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Commentaires

très pertinent... Rien ne nous permet de dire que le dépassement de 120 million a été réglé, rappelons-nous l'histoire du service/contentieux des Aéroports de Paris qui réclamait plusieurs années d'arriérés pour des salons utilisés depuis avril 2011, sans que les factures aient été honorées du temps de Nicolas Sarkozy et qui ont été ressorties sous le nez du nouveau locataire de l’Élysée afin qu'il fasse pression sur l'élite laborieuse du gouvernement ivoirien!

Écrit par : Shlomit | 21/10/2014

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