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10/08/2014

FPI : AFFI N'GUESSAN ENTRE LE MARTEAU ET L'ENCLUME

Intéressante contribution du journaliste Ferro Bally


Le président du Front populaire ivoirien (FPI, principal parti dans l’opposition) évolue sur une corde raide. Après une période de communion et de connivence avec les militants et cadres du parti, Pascal Affi N’Guessan marche désormais sur des œufs. Si sa démarche insistante auprès des structures du parti (OFFPI et secrétariat général notamment) pour obtenir la levée du mot d’ordre de boycott du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) lancé le 20 mars 2014, a fait grincer des dents même s’il a été mis en minorité, la décision n° 005-2014/PP/FPI du 04 juillet 2014, portant réaménagement technique du secrétariat général du FPI a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Ce réaménagement, en remplacement de celui du 7 septembre 2013, a ouvert le front de la bataille pour le contrôle de l’appareil du parti. Car, manifestement, Affi n’entend plus continuer de faire de la figuration ou jouer les seconds rôles à la tête du parti en menant, par procuration, un combat, sans être le véritable maître du jeu; et pour cela, il a voulu se déterminer, dans son gouvernement-mammouth de 128 membres, par rapport «aux Gbagbo» (Laurent Gbagbo, son épouse, les figures de proue qui se reconnaissent en lui notamment) et essayer de sortir le parti de la nasse dans laquelle il se trouve. Ainsi, non seulement il a «décapité» les dirigeants qui font particulièrement de la libération de Laurent Gbagbo le préalable à toutes les négociations avec le pouvoir, mais il a créé un secrétariat national chargé des actions pour la libération de l’ex-président qui reste à pourvoir.

Affi accusé de «parricide».

Mal lui en a pris. «Laurent Gbagbo est, à la fois, le cœur, le corps et la chair de tout débat politique sur l'avenir de la Côte d'Ivoire», avait averti le «gardien du temple», Abou Drahamane Sangaré, 1er vice-président du FPI, porte-parole des ex-détenus politiques à la réception, le 31 août 2013, des ex-prisonniers politiques. A son tour, le Comité central du FPI a fait de cette question le point nodal des préoccupations politiques du parti.

«En réalité les actes solitaires posés laissent à penser qu’on veut anéantir tous ceux qui incarnent Laurent Gbagbo et de les effacer de la mémoire collective. L’initiateur (Pascal Affi N’Guessan) montre clairement qu’il ne veut pas se battre pour Laurent Gbagbo là où le Comité central instruit de le mettre au centre des débats,» stigmatise Angbakou Laurent Akoun, ex-secrétaire général et porte-parole du parti, nommé 5è vice-président chargé de la vie du parti, qui accuse Affi de «parricide».

C’est pourquoi, dans le procès de Pascal Affi N’Guessan, personne ne se préoccupe des textes qui plaident en sa faveur. L’article 42 des statuts du parti en son alinéa 5 dispose que «toute nouvelle nomination au secrétariat général entre deux congrès n’est pas soumise à l’investiture du congrès» de sorte que selon l’alinéa 4 du même article le président du parti peut, s’il l’estime nécessaire pour la marche du parti, procéder au remplacement des membres défaillants du secrétariat général à tout moment, même à une semaine d’un congrès.

Tout comme les adversaires du réaménagement du secrétariat général reprochent à Affi d’avoir ignoré l’article 34 du règlement intérieur du FPI en anticipant, malgré les recommandations du Comité central en sa réunion du 1er février 2014, des découpages de fédérations qui sont du ressort du secrétariat général et d’avoir rétrogradé des membres sans qu’il soit mention de leurs défaillances, eux-mêmes, en violation des textes, le poussent dans ses derniers retranchements en le contraignant à revoir sa copie à l’effet d’invalidation de sa décision controversée du 4 juillet 2014.

Guéguerre sur la CEI.

Au collectif des médiateurs engagés dans la résolution de la crise interne au FPI, le président du parti a accepté de faire trois concessions: donner des attributions à sa 2ème vice-présidente, Simone Ehivet Gbagbo qui retrouve sa fonction de chargée de la vie du parti, réintégrer au secrétariat général, les huit camarades révoqués et trouver une formule pour satisfaire les 12 personnes qui ont connu une rétrogradation. Quant au poste de secrétaire général du parti, il s’est opposé au retour de Akoun Laurent, préférant composer avec Mme Agnès Monnet.

Mais Affi N’Guessan risque de ne pas connaître de répit car un nouveau front vient de s’ouvrir avec la guéguerre sur la Commission électorale indépendante (CEI). Le 5 août 2014, après une rencontre avec le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko, le président du FPI qui conduisait une délégation de l’Alliance des Forces démocratiques (AFDCI, coalition de onze partis), mettait beaucoup d’eau dans le vin de l’opposition qu’il dirige. «Le texte de loi ne nous satisfaisait pas. Il y avait une question d'équilibre. Il fallait qu'on s'accorde avec le gouvernement pour un bureau consensuel. Après les échanges, le principe d'un bureau consensuel a été acquis. Le bureau sera consensuel avec la participation de tous, le pouvoir et l'opposition», a déclaré Pascal Affi N'Guessan à l'issue de la rencontre, insistant que «ce consensus ira jusqu'à la présidence de la CEI».

C’est un rétropédalage qui prend le contre-pied de la décision consensuellement arrêtée avec toute l’opposition ivoirienne. «Je ne sais quel est le problème au niveau du FPI mais quand l’opposition s’est réunie au siège du RPP en présence des délégations de l’AFD, de la 3ème Voie et de l’UDCY, la position dégagée était claire. Nous ne participerons pas à cette commission qui n’est qu’une terne copie de celle issue de Linas-Marcoussis (accord de la banlieue parisienne conclue en janvier 2003 sur la crise politico-armée ivoirienne). La participation de l’opposition est conditionnée par la réécriture de la loi et la décision de la rendre conforme à la constitution, c’est-à-dire indépendante. Indépendante du président de la République, indépendante des partis politiques, indépendante des administrations gouvernementales, et exclusivement aux mains de la société civile. On ne peut être joueurs et arbitre en même temps. A mon avis, comme personne ne peut rien négocier, ni rien imposer à Ouattara, je ne comprends donc pas son attitude», explique, dépassé par le revirement du FPI, Prof. Mamadou Koulibaly, ancien président intérimaire du FPI et aujourd’hui président de Liberté et démocratie pour la République (LIDER).

Rompre avec la politique de la chaise vide.

Car, dans un mémorandum adressé, le 29 septembre 2011, au chef de l’État, le FPI et ses alliés du Congrès national de résistance pour la démocratie (CNRD, coalition de partis politiques et de syndicats) réclamaient un équilibre pour instaurer la confiance et rassurer l’opposition. «Pour ce faire, dans la mesure où l’échiquier politique national se gère entre deux blocs que sont le RHDP et le CNRD, la Commission électorale doit être composée de quinze membres pour chaque partie, le trente et unième membre devant être proposé par le Président de la République», avaient-ils proposé en souhaitant, à la tête de la nouvelle CEI, «une personnalité consensuelle, crédible et non partisane» à même d’être un arbitre et même un juge crédible.

L’ex-parti au pouvoir n’a pas obtenu gain de cause, mais veut rentrer dans le jeu politique pour rompre avec la politique de la chaise. Et déjà, il y a une autre levée de boucliers dans ses rangs. «Le militant dont on a besoin, ce n’est pas celui qui se demande si la Commission électorale indépendante nous sied. Ou celui qui dit qu’il faut qu’on ait la présidence de la CEI ou deux vice-présidences de cette institution. Imaginez même qu’on vous donne la CEI dans la totalité, qu’on vous donne la CEI et le porte-parolat, ou même que tous les membres de la CEI sont FPI, Bakayoko n’est plus président. Pensez-vous qu’on peut gagner des élections en 2015? Pourquoi sommes-nous pressés?» dénonce Koua Justin, secrétaire national du FPI chargé de la politique des sports et loisirs, un des nombreux partisans de la ligne «Gbagbo ou rien» qui met ainsi Affi en garde, à l’instar des mécontents du réaménagement du secrétariat général du parti, contre le dévoiement de la lutte.

Ferro Bally, Journaliste

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