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27/04/2014

OR DONC … LES VRAIS BOULANGERS SE DÉVOILENT !

Cadre Permanent de Dialogue (CPD) : Le pouvoir roule l’opposition dans la farine (Par Ferro Bi, journaliste)


Le pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara s’est installé dans des conditions troubles, après l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011. Souffrant d’une sévère crise de légitimité alors que le FPI s’est inscrit dans une logique de déni et de non reconnaissance des nouvelles autorités, le régime, en quête d’allégeance, s’est attelé à l’écarter de son chemin et à trouver, dans l’opposition, des interlocuteurs accommodants et à sa convenance.

Ainsi, le 07 juillet 2011, au moment où la traque aux pro-Gbagbo était à son paroxysme, Gervais Délinpelna-Coulibaly, porte-parole du président Laurent Gbagbo jusqu’à sa chute, est, lui, non seulement revenu d’exil en provenance du Ghana, mais a transformé son mouvement de soutien à Gbagbo, Cap-UDD, en parti politique. Le 24 avril 2012, trois autres leaders qui ont, eux aussi, été démarchés par le pouvoir, revenaient au bercail. En grande pompe.

Lisez plutôt, sous la plume du journaliste Anassé Anassé, ce compte-rendu de leur arrivée à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny: «La République a mis un point d’honneur à réserver un accueil assez digne à ces trois fervents soutiens de l’ancien chef de l’État ivoirien. Il est 14H50, quand l’avion de la compagnie asiatique Fly Emirates s’immobilise sur le tarmac de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan Port-Bouët, du côté réservé aux personnalités et aux officiels. A 15H00 tapantes, Mel Théodore fait son entrée dans le salon d’honneur de l’aéroport, suivi de Lagou Henriette et de Kabran Appiah. Ils sont accueillis par Gervais Coulibaly, l’ancien porte-parole de Laurent Gbagbo qui leur donne l’accolade, et par le commandant Allah Kouadio Léon, porte-parole du ministère de la Défense.»

Les petits plats dans les grands. Henriette Lagou, présidente du mouvement patriotique de soutien «Deux millions de filles pour Gbagbo», a aussitôt créé un parti politique, le Renouveau pour la paix et la concorde (RPC). Et tout se passe à la vitesse grand V. Les quatre partis politiques (CAP-UDD, RPC, UDCY de Mel Eg Théodore, et MNC-Alternative de Kabran Appiah) portent, opportunément, sur les fonts baptismaux, La Ligue des mouvements pour le progrès (LMP) pour neutraliser, par la confusion des sigles, La majorité présidentielle (LMP, coalition de partis politiques, syndicats et Ong) qui a soutenu la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle de 2010 et mettre sous l’éteignoir l’indésirable FPI.

Pour ne pas perdre de temps, les 27 et 28 avril 2012 à Grand-Bassam, voilà donc deux ans, le Cadre permanent de discussions (CPD, plate-forme de discussion entre le pouvoir et une partie de l’opposition sans le FPI) voit le jour. Car, à côté de La Ligue des mouvements pour le progrès (LMP), a fleuri, le 4 juin 2012, Agir pour la paix et la nation (APN, structure composée du Rassemblement pour la paix, le progrès et le partage ou RPP, de l’Union Républicaine pour la démocratie ou URD, du Rassemblement pour la démocratie et la paix ou RDP, de l’Union des Sociaux-Démocrates ou USD, de l’Union des Nouvelles Générations ou UNG et de l’Union pour la démocratie et la paix ou UDP) qui a rejoint le CPD pour, disait-on, discuter des questions importantes engageant la vie de la nation.

Toutes ces formations, pour en ajouter à la confusion, se réclament, comme le FPI, du Congrès national de la résistance pour la démocratie ou CNRD. Créé le 2 mars 2006, à Abidjan, le CNRD est une fédération de 26 organisations (partis politiques, centrale syndicale, Ong) engagées officiellement «dans la lutte de résistance pour la libération nationale». Selon sa charte constitutive, le CNRD a pour objet de «créer un cadre d’actions concertées pour la restauration de la souveraineté nationale et de la démocratie en Côte-d’Ivoire».

Cela revient donc à dire que les partis membres du CPD visent tous le même objectif mais ont des trajectoires différentes. Au menu des discussions avec le pouvoir, les mêmes revendications que le FPI, qui sont au nombre d’une kyrielle: libération de tous les prisonniers politiques, à commencer par Laurent Gbagbo, levée des mandats d’arrêt internationaux, retour d’exil de tous les réfugies, dégel des comptes, libération des maisons et plantations occupées, reforme de la Commission électorale indépendante, statut de l’opposition et financement des partis politiques, fin de la justice électorale, redécoupage électoral, etc. Car, le pouvoir, pris à son propre piège, n’a eu d’autre choix que de faire contre mauvaise fortune bon cœur en engageant, parallèlement au CPD, le dialogue direct avec l’ex-parti au pouvoir.

Après une quinzaine de rencontres au CPD, la montagne a accouché d’une souris. Aucune avancée sur les points sensibles et surtout, l’Etat prend unilatéralement ses décisions (notamment le code électoral, le couplage des élections municipales et régionales, en fixant la date du scrutin couplé et en faisant un découpage électoral sur mesure, le projet de réforme de la CEI), réduisant le CPD au rôle de faire-valoir et faisant tourner toute l’opposition en bourrique. «Nous voyons que le gouvernement avance par décrets, par projets de lois, etc. Nous souhaitons être une opposition qui participe. Participer ne veut pas dire entrer au gouvernement. Nous souhaitons qu’à notre action, vous ne répondiez ni par le mépris, ni par l’indifférence, mais plutôt par la bonne foi et par une volonté de nous voir travailler à côté et avec vous pour le bien de la Côte d’Ivoire» protestait, en vain, Laurent Dona Fologo, président du RPP. Ils ont été les dindons de la farce.

Dénonçant les dérives autoritaires, la roublardise et la mauvaise foi du pouvoir Ouattara, prof. Mamadou Koulibaly a suspendu, en janvier 2013, la participation de son parti, Liberté et démocratie pour la république (LIDER), au CPD dont les réunions sont, selon lui, organisées «à des fins de communication pour des opérations de charme à l’attention de la communauté internationale».

La LMP, présidée par Kabran Appiah, n’a pas encore rompu les amarres, sans doute par crainte d’être tournée en dérision après avoir été roulée dans la farine des compromissions, mais rejoint toute l’opposition ivoirienne dans ses critiques acerbes face à un pouvoir qui ne veut respecter que son propre agenda et n’aller qu’à son rythme.

Alors que le projet de réforme de la Commission électorale indépendante (CEI de 13 membres contre 31 sous Gbagbo), adopté le 9 avril en Conseil des ministres, suscite une levée de boucliers de toute l’opposition politique sans exception, la sortie, le 25 avril, du ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko, est venue traduire que les échanges entre le pouvoir et son opposition en Côte d’Ivoire est un dialogue de sourds opposant, selon l’image de Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, «un camp qui veut aller de l’avant et un mur d’incompréhensions».

patriote_Cei_Hambak.pngLe ton du ministre d’État a été autoritaire et sans aucune concession : «Le gouvernement veut aller vite à l’essentiel. Le projet sera défendu devant les députés lors de la session parlementaire de mai et l’équipe installée d’ici juin»; «Le gouvernement n’a jamais été sous-représenté au sein d’une Commission électorale depuis 2001»; «Les élections ne se gagnent pas à la CEI mais sur le terrain». Et patati ! Et patata !

La Nigérienne Aïchatou Mindaoudou Souleymane, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, qui est à la manœuvre pour que le FPI reprenne les discussions qu’il a rompues avec le gouvernement, est ainsi située: le dialogue pouvoir-opposition a le parfum d’une perte de temps.

 

Ferro Bi

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Commentaires

Je croyais le professeur Mamadou Koulibaly plus avisé dans ses choix politiques. C'est maintenant qu'il se rend compte des opérations de charme de Ouattara à l'attention de la Communauté internationale ? Il aurait dû réfléchir davantage au moment où il allait donner, à l'Hôtel du Golf, le baiser d'amour et de reconnaissance à Ouattara pour ce qu'il représentait aux yeux de la communauté internationale. Pauvre homme ! Et dire que tu était le frère sur qui nous comptions pour avancer dans la poursuite de nos idéaux.

Écrit par : Raphaël ADJOBI | 27/04/2014

L'histoire est le tribunal de l'humanité. Notre avenir politique dépend de notre passé politique... Le prix de la trahison voire de l'ingratitude ,c'est la mort tant physique que politique. À ce stade, nous ne choisissons pas le type de mort mais nous subissons....
Il faut savoir rentrer dans l'histoire sans compromission mais sagesse et vision pour le futur au profit de son peuple.
Tout comme en Religion,en politique nous devons être des hommes convertis par rapport à notre idéal et non pas des convaincus aux risques d'être vaincus par d'autres convertis...En côte d'ivoire politiquement beaucoup sont convaincus de la noblesse du combat pour la dignité et la démocratie mais peu se donne les moyens pour y arriver... À l'image de ceux que vous connaissez... C'est cela la démocratie....Il n'est pas toujours vrai que la vérité se trouve du côté de la majorité.C'est ainsi que beaucoup seront appelés à la politique mais peu en recoltera les bons fruits car ils auront perseveré.... L'histoire est le tribunal de nos actes en tant qu'acteurs politique...
La grandeur d'un homme c'est sa constance,sa persévérance et sa vision par rapport à ses actes pour le bonheur de l'humanité... Ce pourquoi nous luttons est ce pourquoi nous devons être prêts aux risques d'être rejetés et jusqu'à perdre notre vie. Ainsi notre vie aurait un sens....Soyons toujours aux devants de tout ce qui concourt au bien-être de nos semblables(dans n'importe quelle circonstance)

Écrit par : Illahry | 27/04/2014

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