topblog Ivoire blogs

17/04/2014

LIS-MOI TA PRESSE ET JE TE DIRAI QUI TE GOUVERNE

Il importe certainement de chercher à savoir pourquoi une bonne partie des Ivoiriens, dans leur subconscient, intègrent comme une trahison le fait d’honorer ceux qui les représentent comme si la non-reconnaissance de la fonction et l’illégitimité- même virtuelle- qui en découle était un soulagement de souffrances diverses.


titrologie 20140416_nordsud_2635.jpgLe CNP, l’organe ivoirien de régulation de la presse nationale vient de suspendre trois quotidiens et un périodique satirique.

Tout en n’excluant pas que la presse de notre pays ait parfois pu être visitée par quelques erreurs passées, l’Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD) déplore et condamne cette atteinte à la liberté de la presse. En effet, cette décision, en plus de son caractère éminemment subjectif,  apparaît comme le traitement des symptômes d’une grave maladie en s’abstenant d’en poser le diagnostic pour des soins appropriés.

À l’instar de l’armée qui est censée être l’émanation du peuple, la presse est le cliché de l’état du moral d’un peuple, d’une société, notamment dans ses rapports avec les gouvernants. Ainsi, les excès d’une presse peuvent être le rejet d’une politique qui étouffe le peuple, sans lui laisser aucun recours, tant se referment toutes les portes de régulation institutionnelle et que la force illégitime s’instaure dans la durée. Dans un pays, l’émergence de forces dites incontrôlées qui agissent en toute impunité est le signe d’un état inexistant ou partisan. Des milices qui, sous le regard impuissant des forces de police et de gendarmerie et en présence des forces internationales, poussent l’excès jusqu’à exercer des violences lors d’activités politiques régulièrement autorisées. Ce qui conduit inconsciemment le citoyen à la défiance envers ceux qui incarnent cet état, surtout quand son intime conviction établit une accointance entre ces milices et le pouvoir.

Les familles faisant partie des premières institutions d’un pays, brimer, torturer, emprisonner des membres de ces familles n’est guère un encouragement à honorer une autorité inexistante de fait, sinon étouffante.

Il importe certainement de chercher à savoir pourquoi une bonne partie des Ivoiriens, dans leur subconscient, intègrent comme une trahison le fait d’honorer ceux qui les représentent comme si la non-reconnaissance de la fonction et l’illégitimité- même virtuelle- qui en découle était un soulagement de souffrances diverses.

Un refugié qui, naguère bercé par les effluves de terre mouillée de sa forêt et subitement réduit à chercher sa pitance quotidienne, dans un camp austère, exclu de la protection de ses autorités nationales, loin de toute affection des siens, va-t-il retrouver la force d’une quelconque vénération ? Ou est-il tenté de maudire le ciel qui lui a donné de tels dirigeants, qu’il croit, à tort ou à raison être la cause de ses malheurs ?

Par ailleurs, quelles performances attendre d’une presse sans soutien de l’état alors que ses consœurs des pays occidentaux bénéficient de subventions vertigineuses ? La main qui reçoit étant toujours en dessous de celle qui donne, comment s’étonner de la docilité républicaine de la presse occidentale et même de celle de certains pays africains ? Sortir un journal en Côte d'Ivoire relève du miracle et de la folie de la passion du métier. Toute presse est dépendante d’un pouvoir : financier, politique, idéologique, etc. Celui dont dépend la nôtre est constitué de l’ensemble  de ses lecteurs. En Afrique, les annonceurs qui veulent montrer patte blanche à un pouvoir fébrile, se détournent de certains médias. Ces médias sont alors tentés de répondre aux besoins de survie morale de leurs lecteurs, en l’occurrence leurs patrons, les formant ainsi moins bien.

S’attarder quelque peu sur de pareilles réflexions en faisant l’effort des questions symétriques pourrait conduire à un autre regard, à une autre perception de la réalité ivoirienne que l’on voudrait décréter normale.

Un des quotidiens a été suspendu pour avoir donné la parole à un expert qui aurait pris le contre-pied de la version officielle du gouvernement. Sans profiter de cette aubaine d’informer les populations de ce fait plus attentives, pour confondre scientifiquement un tel expert, l’option de la sanction rappelle étrangement le sort qui fut réservé à Galilée. L’histoire nous enseigne qu’il a persisté et signé par « et pourtant elle tourne ». L’humanité lui doit tant de progrès.

Le degré de dérision ou d’antipathie des caricatures ne serait-il pas proportionnel à l’écart que prend le pouvoir avec l’état de droit, à l’écart avec les fondements de la république? En d’autres termes, le peuple ivoirien se sent-il suffisamment respecté pour respecter ses dirigeants en arrêtant de se délecter de ce qui gêne ces derniers ?

Lis-moi ta presse et je te dirai qui te gouverne, dirait-on.

 

03 Pour les idees j'y vais.PNG

Le Ministre Eric KAHE

 Président en exil  de l’AIRD

14:46 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

le pouvoir actuel est aux abois. Il a menti aux ivoiriens ,de nombreuses promesses non tenues .

Écrit par : Douohou Tchede Kevin | 17/04/2014

La côte d'ivoire "fout le camp"! Elle est plus qu'une république bananière...C'est cela la "gouvernance dozoïque"

Écrit par : Illahry | 17/04/2014

Les commentaires sont fermés.