topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

06/04/2014

VIOLENCES ET TERRORISME D’ÉTAT : LA MACHINE DU RDR, LANCÉE, NE VEUT PLUS S’ARRÊTER

rdr vivre ensemble.jpgD'où cette lancinante question qui trouble toujours bien de chapelles politiques: qui a gagné réellement la présidentielle en Côte d’Ivoire pour que la violence d’État à l’encontre du FPI en particulier devienne la seule voie d’expression démocratique dans notre pays? Même les aveugles voient qu’avec toute cette frilosité, il y a anguille sous roche.


Le cycle de violence politique qui s’est emparé de la Côte d’Ivoire est loin de s’estomper. Alors qu’il était autorisé et encadré par les Casques bleus de l’Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et les forces de l’ordre (police et gendarmerie), le meeting de la jeunesse du FPI, ce samedi 5 avril 2014 à Port-Bouët, a été violemment dispersé par des supplétifs des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), c’est-à-dire des éléments incontrôlés et non immatriculés mais à la solde du pouvoir Ouattara résidant dans les cités universitaires de Port-Bouët.

C’est la deuxième fois, dans la commune du maire Aka Hortense Anghui que de tels incidents se produisent. Au nez et à la barbe des forces internationales de l’ONUCI, spectatrices, et des forces de l’ordre ivoiriennes impuissantes et dépassées par la tournure des événements. La première fois, c’était le 20 novembre 2011. Et ce qui aurait dû être un meeting de remobilisation des troupes depuis le changement de régime survenu le 11 avril 2011, s’est transformé en débandade avec deux blessés. Car une horde de jeunes armés de machettes, de couteaux et de gourdins avait fait irruption sur la place Laurent Gbagbo pour disperser la manifestation avant qu’elle n’ait commencé.

La violence politique apparaît comme la marque déposée et le plat de résistance des partisans d’Alassane Dramane Ouattara pour mettre en pièce le FPI. Au pouvoir, le parti de Laurent Gbagbo est resté permanemment dans le collimateur du RDR. Au lendemain des graves incidents survenus pendant les législatives de décembre 2000 suite à l’invalidation de la candidature d’Alassane Dramane Ouattara et du coup d’État manqué de janvier 2001, le FPI a initié des tournées de réconciliation nationale à travers la Côte d’Ivoire. Mal lui en a pris au nord du pays. Le ministre d’État, ministre de l’Intérieur, feu Émile Boga Doudou, a été lapidé, le 23 avril 2001 à Odienné, par des jeunes excités qui scandaient «ADO président», et son collègue des Affaires étrangères, Sangaré Abou Drahamane, a été accueilli, le 21 avril à Séguéla, par une pluie de projectiles. Le coup d’État manqué, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, mué en rébellion armée est venu boucler la boucle de la volonté d’éjecter, coûte que coûte, du pouvoir le FPI.

Si le RDR et son aile militaire de la rébellion armée ont fini par atteindre cet objectif en avril 2011, ils semblent s’être passés un dernier message: museler définitivement le FPI à défaut de le dissoudre. D’où la seule voie qui est proposée à ce parti dans l’opposition: l’allégeance et la soumission, par la terreur. Car le 8 octobre 2011, dans la commune d’Abidjan-Koumassi, des jeunes en T-shirts ADO, c’est-à-dire Alassane Dramane Ouattara, ont, là aussi, violemment dispersé un meeting du député FPI Yao Yao Jules et fait plusieurs blessés. Le 21 janvier 2012, à Yopougon, le parti de Laurent Gbagbo n’a pas échappé à la furie des militants du RDR et autres partisans d’Alassane Dramane Ouattara, qui ont attaqué, avec armes blanches et pierres, les manifestants au nez et à la barbe des policiers, gendarmes et casques bleus déployés sur les lieux. L’ex-parti au pouvoir va déplorer deux morts.

Et a-t-il fallu que le 29 mars 2014, le FPI, parvenu à la conclusion que le dialogue politique est rompu avec le pouvoir, annonce très prochainement des actions d’envergure (sit-in, marche, opération ville-morte) pour que les menaces fusent et de la direction du RDR et de quelques nervis du pouvoir qui annoncent l’apocalypse. Morceau choisi de Mamadou Traoré, conseiller spécial de Soro Kigbafori Guillaume, président de l’Assemblée nationale et n°2 de l’État de Côte d’Ivoire: «Le FPI a décidé de marcher contre le pouvoir. Au nom de la réconciliation et de la solidarité entre partis politiques, je demande aux militants du RDR de venir les soutenir dans la rue. Je ne veux pas de palabreux. Par contre je veux des djougbassilas (ceux qui bottent le derrière), des forokilitchilas (ceux qui brisent les testicules), des gnamogodeinbougolas (ceux qui battent les bâtards), des dangadeinbogolas (ceux qui battent les enfants maudits), des batradeinbougolas, des djoufaralilas (ceux qui déchirent le derrière).... Avec eux, je vous parie que la fête sera belle. Kognina comme ça là! A ma woroulô oh!"

La Côte d’Ivoire est, ainsi, installée dans le terrorisme d’État. Au vu et au su de tous et dans le silence de la communauté internationale. Aux arrestations massives et exécutions sommaires, aux emprisonnements, sans jugement, de plusieurs centaines de militants ou supposés tels du FPI, au gel des centaines de comptes bancaires, à l’exil forcé de plusieurs milliers de partisans de Laurent Gbagbo, aux transfèrements à la CPI de deux leaders charismatiques (Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, tous deux d’une même région), s’ajoute l’étouffement de l’expression politique plurielle.

Ce comportement belliciste des tenants du pouvoir a une explication et une conséquence. L’explication politique est simple: le pouvoir souffre manifestement d’un déficit de légitimité et du manque d’adhésion d’une très bonne frange d’Ivoiriens à ses actes de gouvernance. Le dernier exemple en date est l’appel au boycott, par le FPI, de l’opération de recensement général de la population et de l’habitat. Au plus fort de la rébellion armée de Soro Kigbafori Guillaume avec un pays coupé alors en deux, la Côte d’Ivoire n’a pas connu le tableau actuel avec un pouvoir, peu sûr de lui, qui entretient partout, dans nos villages, campements, hameaux et villes, des milices, des dozo ou chasseurs traditionnels et autres supplétifs armés.

Installé à coups de bombes, le régime, trois ans après sa prise de pouvoir, est toujours en quête de reconnaissance, par la force. Un pouvoir majoritaire fort n’est pas, comme le nôtre, sur le qui-vive. Comme un voleur qui a peur que le propriétaire de l’objet volé le découvre et lui reprenne son dû. Le régime Ouattara sait qu’il n’est là essentiellement que par la seule volonté de la France. D’un, la rébellion armée adoubée par la communauté dite internationale qui a attaqué lâchement le pouvoir Gbagbo dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 a été repoussée d’Abidjan et ne s’est incrustée à Bouaké, devenue son fief, que grâce aux Français. De deux, sa prétendue victoire électorale à la présidentielle de novembre 2010 porte la griffe des Gaulois. Et il a placé son pouvoir sous sa coupe.

La France et l’ONU se sont, en effet, opposées au recomptage des voix proposé, le 21 décembre 2010, par Laurent Gbagbo pour vider le contentieux électoral et départager, en toute transparence, les deux protagonistes de l’élection présidentielle. «Comptons les voix au lieu de compter les morts» a défendu le président Gbagbo pour que cesse l’escalade de la violence après l’appel à l’insurrection lancé par Soro K. Guillaume, alors premier ministre du Golf, pour installer de force, le 16 décembre, Brou Aka Pascal à la tête de la RTI. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, et son représentant spécial, son compatriote Choi Young-jin, ont même poussé des cris d’orfraie. Or, pour le premier tour de la présidentielle en Haïti qui a lieu à la même date que notre second tour (28 novembre 2010), la France et l’ONU, représentée par l’ancien président américain Bill Clinton qui était son émissaire, ont réclamé et obtenu le recomptage des voix pour mettre un terme aux violences.

D’où cette lancinante question qui trouble toujours bien de chapelles politiques:  qui a gagné réellement la présidentielle en Côte d’Ivoire pour que la violence d’État à l’encontre du FPI en particulier devienne la seule voie d’expression démocratique dans notre pays? Même les aveugles voient qu’avec toute cette frilosité, il y a anguille sous roche.

La conséquence de ces violations intempestives des droits politiques et humains est grave pour l’avenir du pays. Car, la récurrence des actes de violence est source inévitable de clash. La violence, dit-on, appelle la violence et du côté de l’opposition, certains ne manquent plus de réclamer l’organisation d’un «match retour». En désespoir de cause. Pour répondre du tac au tac et en découdre une fois pour toutes. Et on voit le triste exemple centrafricain où, à force de tirer sur la corde, la rébellion de la Séléka, aujourd’hui en déroute, l’a rompue. Elle a donné naissance aux anti-Balaka, ces milices d’auto-défense qui, excédées, ne font plus dans la dentelle. On dit chez nous, cabri mort n’a plus peur de couteau.

Ferro Bally

Commentaires

RDR. Pardon il faut quitter dans violence là. Ça ne conduit nulle part. À part la désolation et les souffrances.

Écrit par : Sylla Vazoumana | 16/04/2014

Comment peut -on vivre ensemble dans une case exigúe dans laquelle les propriétaires ont déjà occupé toutes les places.

Écrit par : Illahry | 17/04/2014

Les commentaires sont fermés.