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18/03/2014

(SOUS OUATTARA) LA CÔTE D’IVOIRE DORT, MANGE ET VIT CORRUPTION

Ce vendredi 14 mars à Guiglo (capitale de la région du Cavally, à l’ouest de la Côte d’Ivoire), Paul Koffi Koffi, ministre délégué en charge de la Défense, a lancé ce cri de détresse aux transporteurs: «Aidez-nous; ne donnez plus d’argent à nos agents». Cette pitoyable sortie montre que l’État, en jetant ainsi l’éponge, consacre que notre pays a définitivement échoué dans sa lutte contre la corruption et le racket, devenus une institution.


Ce vendredi 14 mars à Guiglo (capitale de la région du Cavally, à l’ouest de la Côte d’Ivoire), Paul Koffi Koffi, ministre délégué en charge de la Défense, a lancé ce cri de détresse aux transporteurs: «Aidez-nous; ne donnez plus d’argent à nos agents». Cette pitoyable sortie montre que l’État, en jetant ainsi l’éponge, consacre que notre pays a définitivement échoué dans sa lutte contre la corruption et le racket, devenus une institution. En appelant à la rescousse et en désespoir de cause des populations vulnérables et victimes impuissantes de ces maux bien ivoiriens, le gouvernement avoue qu’il n’en peut plus face à ce combat perdu d’avance.

Pourtant, ce ne sont pas les actions d’éclat, et sans lendemain, qui ont manqué. Sous Laurent Gbagbo, les acteurs du secteur des transports ont, par exemple, formé, le 12 août 2007 à Yamoussoukro, l'un des plus grands blocs de lutte contre le racket. Il est constitué du commissaire du gouvernement et premier responsable du Tribunal militaire, du président de la Coordination nationale des gares routières de Côte d'Ivoire (Cngrci), du représentant de la Chambre de commerce de Côte d'Ivoire et du 1er vice-président de la Fédération nationale des commerçants de Côte d'Ivoire. Le mot d'ordre est : Tous unis pour la lutte contre le racket.

Parallèlement, le général Philippe Mangou, chef d’état-major des armées, prenait son bâton de commandant pour lancer, à partir de juin 2008, une vaste campagne de sensibilisation contre le racket couplée au démantèlement de certains corridors pour répondre aux exigences de fluidité routière. Car, il avait reconnu que certains parmi les éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS), par le racket qu’ils exerçaient sur les routes, jetaient le discrédit sur l’ensemble des «corps habillés».

Sous Alassane Dramane Ouattara, la campagne ne s’est point estompée. Le commissaire du gouvernement, le lieutenant-colonel Ange Kessi Kouamé, a effectué des visites-surprises les 24 et 26 décembre 2013 sur des corridors pour, officiellement, vérifier les procédures de contrôle des pièces d’identité par les éléments des forces de l’ordre, mais, en réalité, prendre la main dans le sac les racketteurs. Des structures d’État comme le Secrétariat national à la bonne gouvernance et au renforcement des capacités ont associé leur image à cette vaste opération en lançant de vigoureuses campagnes avec de larges panneaux publicitaires pour sensibiliser les Ivoiriens aux méfaits de la corruption. Peine perdue.

Car l’État ivoirien est un acteur majeur de la corruption. Et le poisson pourrit par la tête. Trois ans bientôt après l’arrivée au pouvoir d’État d’Alassane Dramane Ouattara, le climat des affaires est loin d’être assaini: corruption, favoritisme et pratiques délictueuses ont encore de beaux jours devant eux. Et les partenaires d’Abidjan ne cachent plus leurs inquiétudes face à la persistance de ces pratiques de mauvaise gouvernance sous le régime d’un ex-directeur général adjoint du FMI, qui a rompu avec les pratiques de transparence érigées comme un sacerdoce par les institutions de Bretton Woods.

Le constat du périodique La lettre du continent (n°678 du 12 mars 2014) est sans équivoque : «Depuis son accession au pouvoir en 2011, les contrats de gré à gré pleuvent (centrale de Singrobo-Ahouaty, barrages sur la Comoé, autoroute Abidjan-Bassam…) sans que la Banque mondiale, très sourcilleuse sur cette question, ne bronche. D’autres marchés sont tombés dans l’escarcelle de parents ou proches du chef de l’État, créant un profond malaise dans l’environnement des affaires.

Emblématique de cette gouvernance, le marché de contrôle et de vérification des importations a été soufflé au groupe Bivac par la société de Dubaï Webb Fontaine, dans des conditions que le premier n’a toujours pas digéré. À Abidjan, la filiale de Webb Fontaine est dirigée par Benedict Senger, époux de Fanta Catherine Ouattara, la fille du chef de l’État.

De telles relations de parentèle dans les affaires s’étendent à des conseillers influents du palais, qui n’hésitent pas à user de leur proximité avec le «chef». L’un d’eux, Koly Kanté, par ailleurs actionnaire de référence de la Société des cimenteries d’Abidjan, voit cette entreprise bénéficier de contrats de l’État. Autre conseiller à la présidence, Mamadi Diané a introduit le groupe roumain Timis en Côte d’Ivoire via son cabinet de lobbying Amex. Les filiales Pan African Minerals et African Petroleum de ce groupe fondé par Frank Timis multiplient les chantiers, dont la réhabilitation de la ligne Abidjan-Ouagadougou. A la tête d’ACE-CI depuis 2011, Daouda Gon Coulibaly, le frère du secrétaire général de la présidence, Amadou Gon Coulibaly, s’épanouit sur les marchés de contrôle qualité de plusieurs filières agricoles, dont celle du cacao.

Ministres, conseillers, parents… de Ouattara, tous impliqués

Les ministres ne sont pas en reste. Un réseau dense de patrons gravite autour de l’un des plus fidèles soutiens du président Ouattara, le ministre de l’intérieur Hamed Bakayoko, à commencer par son frère Zoumana Bakayoko. Ce dernier, actionnaire de la société spécialisée dans les infrastructures de télécoms Swindevco, a introduit en Côte d’Ivoire, le Franco-Libanais Philippe Nakad, patron d’Agro West Indutries. Hamed Bakayoko a lui-même ouvert les portes du pays au Turc Nihat Ozdemir, président de Limak Group of Companies. Ce groupe vise la construction de centrales hydroélectriques sur le fleuve Sassandra. Pour sa part, après avoir créé coup sur coup Stylus Sarl et Tanassa Technologies en 2012, entités spécialisées dans l’intermédiation financière et la biométrie, Bintou Toungara Kamara, la fille du ministre de l’Energie et du Pétrole, Adama Toungara, travaille aux côtés de la Petroci et de la Sir.» No comment.

Dans cette course effrénée au partage du gâteau entre les membres du clan, l’administration ivoirienne, au premier rang des accusés, n’est pas en reste. De nombreuses décisions sont arbitraires et, plus grave, des décisions de justice sont foulées aux pieds et remises en cause par des entreprises publiques ou privées. Au su et au su de tout le monde. Résultat, en raison du climat délétère des affaires, les avions à destination de la Côte d’Ivoire et les hôtels sont certes pleins mais les nouveaux projets sont rares. Et les investisseurs, la puce à l’oreille, n’expriment plus que… des intentions en milliards de francs, comme au forum Investir Côte d’Ivoire (ICI) 2014, en attendant de voir clair dans le méli-mélo.

 

Ferro Bally, journaliste indépendant

Commentaires

Je ne veux nullement balayer du revers de la main un si bel article, voire même minimiser son auteur pour qui j'ai de l'estime; mais comme j'aime à le dire (et pas avec gaîté de coeur), IL N'Y A ABSOLUMENT RIEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL! Des articles relatant la corruption sous le ciel ivoirien, avec preuves à l'appui, on en lit tout le temps. D'autres articles s'essaient même dans les solutions. C'est bien! Essayons toujours de trouver la bonne panacée. Mais est-ce ça aller à lessentiel? Continuons d'écrire, de critiquer, sans prendre le "Toro" par les cornes, et indignons-nous davantage. Pendant ce temps, écrivons "LE GOUVERNEMENT ACTUEL" dans nos beaux articles pour montrer notre "aller-gence". Moi je dis: Cote d'Ivoire, pays à vendre.

Écrit par : Emissah Yapi | 18/03/2014

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