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12/03/2014

IMAGES DST : JOËL N’GUESSAN (DU RDR) ET LE «TEMPS DES VICTIMES»

Et le choc est d’autant plus violent que presque trois ans après la crise, le «temps des victimes» n’est pas encore arrivé chez eux, les pro-Gbagbo.


 

Le porte-parole principal du RDR, Joël N’Guessan, a produit un communiqué sur les images, parues d’abord sur la toile, de Blé Goudé Charles et Dibopieu Jean Yves dans leur «résidence protégée». Il a traduit son exaspération devant les exploitations qui en sont faites dans les journaux de l’opposition. «Nous voudrions attirer l’attention, une fois de plus, sur le fait que le temps des victimes est arrivé,» a-t-il prévenu. «Elles sont nombreuses, les victimes encore en vie, traumatisées physiquement et moralement par les effets de la crise postélectorale ivoirienne pour qu’on tente de les émouvoir par des images de personnes qui semblent être en bonne santé (si les images présentées sont authentiques). Ils sont nombreux, ceux qui auraient préféré se retrouver, comme Monsieur Blé Goudé et Monsieur Dibopieu, dans une cellule, en vie avec des culottes blanches et des oreillers propres,» a-t-il ajouté.

La mise en garde de Joël N’Guessan est naturellement sélective. Elle s’adresse exclusivement au camp de Laurent Gbagbo. Car, en évoquant des victimes de la crise postélectorale, il ne pense qu’aux parents et proches du «camp des vainqueurs» militaires. Car, ceux, proches ou du camp des vaincus qui ont, eux aussi, été «traumatisés physiquement et moralement» durant cette douloureuse période, sont émues par ces images terrifiantes de ces prisonniers hors norme dont nul n’a aucune nouvelle; dans notre Etat de droit, ils sont enfermés dans des établissements non dédiés à une détention appelés «résidence protégée» et ne communiquent ni avec leurs avocats ni avec les membres de leur famille. Et l’image de leur maltraitance choque.

Et le choc est d’autant plus violent que presque trois ans après la crise, le «temps des victimes» n’est pas encore arrivé chez eux, les pro-Gbagbo. Seuls les éléments de leur camp sont les victimes des règlements de compte et du harcèlement judiciaire aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à la Cour pénale internationale (CPI). Or, le rapport de la Commission d’enquête nationale, qui corrobore tous les rapports des Ong internationales de défense des droits de l’homme, est implacable.

Au niveau des auteurs présumés des violations du droit à la vie, le rapport indique que «1452 cas de violations du droit à la vie sont attribués aux forces pro-Gbagbo et 727 cas aux FRCI; le reste étant mis à l’actif de diverses forces non conventionnelles». Ces forces dites non conventionnelles comprennent «les groupes d’autodéfense constitués de civils, essentiellement des jeunes des deux bords. 229 cas de violation du droit à la vie sont mis sur leur compte. Sur 632 violations du droit à la vie regroupées dans «divers auteurs», 200 cas relevés dans le Guémon et le Haut-Sassandra sont imputés aux chasseurs traditionnels connus sous l’appellation de dozo», précise le rapport.

En outre, en s’offusquant que partisans et parents de Blé Goudé et Dibopieu, au lieu d’acclamer le pouvoir de les avoir gardés vivants en lieu et place de la loi du Talion, s’indignent, le porte-parole principal du RDR se moque notamment des victimes de la rébellion armée de septembre 2002. Et passe par perte et profit la mort violente du ministre d’Etat Boga Doudou, du général Guéi Robert lâchement assassiné, des officiers supérieurs qui ont passé l’arme à gauche, de la soixante-dizaine de gendarmes sommairement exécutés à Bouaké en compagnie, pour certains, de leurs enfants, des innocentes danseuses d’adjanou de Sakassou passées de vie à trépas, du talentueux artiste Marcellin Yacé qui a perdu la vie bêtement et des dizaines de centaines d’anonymes qui ont quitté la terre des hommes par la faute d’une rébellion armée.

Pour ces personnes aussi qui ont souffert le martyre, «le temps des victimes» n’est pas encore arrivé. Arrivera-t-il un jour quand les animateurs de la rébellion armée récoltent les fruits de leurs actes subversifs en toute impunité? Soro Kigbafori Guillaume, chef de la rébellion armée, est aujourd’hui président de l’Assemblée nationale à titre exceptionnel; Soumaïla Bakayoko, son chef d’état-major dans la rébellion, est chef d’état-major général des FRCI; tous ses chefs de guerre passent de promotion en promotion et occupent des postes de responsabilité dans l’armée et l’administration et tous ses responsables civils sont soit ministres, soit gouverneur de la BCEAO, soit des élus de la nation qui bombent la poitrine. Au grand plaisir de Joël N’Guessan et du RDR.

 

Ferro Bally, journaliste indépendant

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Commentaires

Joël N guessan se perd dans le fétiche des chiffres comme si on assistait à une finale de coupe nationale entre l asec et l africa. Il ne s'agit de dire qui a tué plus que l'autre. Mais de dire qui a imposé cette décennie de violence à la Côte d'Ivoire. Je me demande où va ce monde. Nimporte quoi sous le soleil dozotique

Écrit par : Emissah Yapi | 12/03/2014

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