topblog Ivoire blogs

17/02/2014

Le Ministre Eric KAHE: "NOUS COMBATTONS UNE GOUVERNANCE ET NON UN HOMME"

Aird Diaspora

 À la sortie de sa rencontre avec une Commission de travail de la Délégation AIRD de France, samedi dernier, nous avons arraché quelques mots au ministre Eric Kahé, président de ce parti politique.

Quelques membres de la Délégation AIRD-France


M. le Président comment se porte l’Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD) et singulièrement au niveau de la diaspora ?

Comme vous avez pu le constater vous-même à l’occasion des échanges que nous venons d’avoir avec un comité restreint de camarades et en attendant la prochaine réunion de désignation officielle des responsables des Délégations France et Europe, l’Alliance (Ndlr : l’Alliance désigne aussi AIRD) se porte bien. Le parti se modernise sans tapage avec notamment les inscriptions qui se font désormais en ligne, ce qui permet de travailler avec des statistiques fiables. Depuis janvier 2014, la carte de membre actif est au format carte bancaire.

carte-recto-verso (2).png

AIRD: Spécimen de la nouvelle carte de membre actif

Dans les communes d’Abidjan les réunions s’organisent à un rythme soutenu et c’est sans doute l’occasion de dire un merci militant à notre camarade Jean Marc N’kouadji, SGA à la mobilisation. L’intérieur du pays n’est pas en reste, même si nous prenons en compte le contexte de traumatisme de la Côte d'Ivoire profonde.

L’actualité nationale ivoirienne est dominée par l’état de santé du chef de l’état ivoirien, qui a subi une intervention chirurgicale en France. Quels commentaires de votre part ?

Devant les souffrances ou la maladie d’un homme je n’ai pas de commentaires à faire mais des vœux et des prières de prompte guérison. Nous combattons une gouvernance que nous jugeons mauvaise et non un homme. Je prie pour l’époux et le père de famille qu’est M. Alassane Ouattara avant d'être chef d'état. Les panafricanistes que nous sommes prient pour un frère africain. Je prie pour une personnalité dont l’évolution de la santé aura immanquablement  des conséquences sur la vie de la nation à très court et moyen termes. Natif de Duékoué, je mesure la détresse face aux épreuves, surtout les plus inattendues. Dans l’esprit et la lettre de la nation que nous proposons aux Ivoiriens, nous étendons notre compassion et notre solidarité à tous nos frères et sœurs, militants et sympathisants du RDR et même du RHDP. Nous les exhortons à croire en la miséricorde et en la puissance de la main de Dieu, même si nous savons également que Dieu n’est pas une télécommande. Car, je crois, avec beaucoup d'Ivoiriens, que sa vie (ndlr: la vie du chef de l'état), comme la mienne, est entre les mains de Celui à qui nous avons tous à rendre compte pour nos réussites et nos échecs, nos fidélités et nos trahisons. Pour considérable que soit l'impact de la santé d'un chef d'état sur les populations dont il a la charge, n'oublions pas que les vraies décisions concernant le destin des peuples reviennent à Celui dont ce chef d’état, quel qu’il soit, n’est jamais que le délégué.

Il est de plus fait cas de l’application de l’article 53 de la Constitution.

Selon l’esprit et la lettre de cet article, «Le Président de la République peut, par décret, déléguer certains de ses pouvoirs aux membres du Gouvernement. Le Premier Ministre supplée le Président de la République lorsque celui-ci est hors du territoire national. Dans ce cas, le Président de la République peut, par décret, lui déléguer la présidence du Conseil des ministres, sur un ordre du jour précis. Le Président de la République peut déléguer, par décret, certains de ses pouvoirs au Premier Ministre ou au membre du Gouvernement qui assure l'intérim de celui-ci. Cette délégation de pouvoirs doit être limitée dans le temps et porter sur une matière ou un objet précis»

S’il est vrai que le législateur prévoit que «le Premier Ministre supplée le Président de la République lorsque celui-ci est hors du territoire national», dans les autres alinéas il n’est pas clairement fait mention de conditions qui peuvent conduire à cette délégation. Après Marcoussis, cet article avait été mis au goût du contexte pour inciter le président Laurent Gbagbo à déléguer des pouvoirs au premier ministre d’alors, M. Seydou Elimane Diarra. Des pouvoirs que voulait l’opposition pour affaiblir ou dépouiller le président de la république. Mais elle ne pouvait pas sortir du cadre de la Constitution qu’elle n’avait pas réussi à abroger à Marcoussis. Étant donné que cette délégation est une possibilité et non une obligation constitutionnelle, il appartient au pouvoir Rhdp d’utiliser les instruments juridiques réguliers pour assurer le bon fonctionnement de l’état pendant cette période de convalescence que nous souhaitons courte. Mais peut-on ignorer tout de l’état de santé exact du chef de l’état et spéculer sur des éventualités ? En l’état actuel des informations dont nous disposons ce samedi 15 février, la vérité incontestable est que le chef de l’état est "est hors du territoire national" et dans ce cas, "le Premier Ministre (le) supplée". Comme cela a été le cas déjà plus de 95 fois, à l’occasion des nombreux voyages. Hier fidèles à la Constitution, nous le demeurerons pour la stabilité politique même si cela doit bénéficier à ceux qui nous ont vilipendés hier.

C’est dans ce contexte de fragilité politique que malgré les menaces du maire Adama Toungara, le président du Fpi a prévu se rendre à Abobo cette semaine dans le cadre de ses activités politiques. Affi N’Guessan fait-il de la provocation ?

Est-ce de la provocation pour un travailleur d’aller à un bureau ou à son usine ? Est-ce de la provocation pour une marque de fabrique de commercialiser son produit régulièrement agréé ? Tant qu’un parti politique est régulièrement constitué, ses cadres peuvent promouvoir leurs idées partout où ils le désirent ! Les meetings sont faits pour cela. C’est donc le boulot d’un homme politique que d’animer des meetings. C’est sans doute vous qui faites de la provocation au défenseur de la démocratie et des droits humains en posant cette question ! Je dirais même que c’est vous qui mentez sur le Rdr, pour parler comme à Guitrozon !

Quelles raisons ont poussé votre parti, l’Aird, à rejoindre le Fpi dans le cadre d’un front commun de l’opposition en face du pouvoir Ouattara ?

D’abord nous n’avons pas rejoint le Fpi mais nous avons travaillé avec nos alliés à définir les contours d’un cadre de concertation afin de poursuivre les discussions avec le pouvoir.  Ensuite il ne s’agit pas d’un front commun qui donne l’impression d’en découdre avec le gouvernement ou un autre groupe de partis politiques. Dans le contexte très opaque de début de la tentative de dialogue opposition-pouvoir, l’Aird, soucieuse d’un dialogue inclusif, n’a pas pris parti pour un groupe. Autant il nous apparaissait irréaliste et contre-productif de laisser le Fpi en dehors des discussions, autant nous apprécions à présent que le Fpi privilégie les avantages de parler d’une seule voix, en mettant en veilleuse le dialogue direct. À présent, il s’agit de mettre sur la table les acquis de chaque camp (le dialogue direct du Fpi et le Cadre Permanent de Dialogue) pour repartir de plus belle. L’Aird est partante, puisque tout le monde est invité à participer. Il ne s’agit pas d’un front face à qui que ce soit mais de parler ensemble des problèmes du pays. Il y a l’opposition qui est censée aspirer à un jeu démocratique  équitable et le gouvernement qui a le devoir de garantir les règles d’une compétition équilibrée dont le corollaire est l’apaisement avec tout ce qu’il induit pour le pays.

Êtes-vous optimiste quant à la mise en place de ce front commun de l’opposition ?

“Rejoindre le FPI" ou "front commun” ; c’est le fait de poser le problème en ces termes qui fait que certains traînent les pas. Cette situation déplorable de division de l’opposition fait perdurer les souffrances de nos compatriotes. Elle provient d’un déficit de pédagogie de part et d’autre. La perception que donne la presse ignore les efforts du Fpi qui, par la création de ce cadre, renonce à son "dialogue direct". Si par des propos inadaptés, vous faites abstraction de cette concession du Fpi, vous le desservez par une mauvaise communication et vous faites le jeu du pouvoir. Alors que le fait de mettre en exergue les efforts du Fpi et insister sur ce nouveau cadre aurait aidé les autres à s’y associer. Selon le compte –rendu que je reçois de la délégation de l’Aird, je n’exclue pas que nous puissions aboutir à un consensus puisqu’à la rencontre du jeudi 30 janvier il a été décidé qu’une délégation composée de certains partis du Cpd et du Fpi rencontre les autres. La position de l’Aird c’est de travailler à ne laisser aucune priorité aux guerres de leadership au sein de l’opposition. Seul le terrain est notre priorité car en politique, ce qui compte, c’est le rapport de force et ce rapport est fonction du nombre de militants. On a vu des partis politiques présentés comme des ogres, s’étaler de tout leur long au cours de consultations électorales.

Et pourtant des velléités d’écarter l’Aird de ce cadre semblent bruisser ?

Ce serait un grand paradoxe. C’est pour cela que, même s’il ne faut jamais sous-estimer la probabilité de tentatives d’exclusion pouvant venir de ceux qui voudraient voir dans le projet de CCDP (Cadre Commun de Dialogue Politique), une autre occasion de leadership ou d’intérêts, nous jouons la carte de l’apaisement. Parler d’un cadre commun et vouloir juste y fusionner d’anciennes structures est une tentative d’exclusion inacceptable. Heureusement que la sagesse a fini par l’emporter.

François Hollande sera en visite bientôt en Côte d’Ivoire. Quelles consignes avez-vous passées à vos militants pour son accueil au cas où cette visite serait maintenue ?

Le président François Hollande a reçu le chef de l’état de Côte d'Ivoire à l’Élysée, plusieurs fois. Il ne revient donc pas aux patriotes que nous sommes de ne pas souhaiter que le président français nous rende la politesse en répondant à une invitation des autorités ivoiriennes. Notre souhait est donc que l’accueil soit à la mesure de la légendaire hospitalité du peuple ivoirien. Nous prouverons alors que nous n’avons rien contre la France et son peuple mais que nous avons défendu aux côtés de Laurent Gbagbo les principes universelles de démocratie, de liberté, d’indépendance et de souveraineté face à des groupes d’intérêt dont le peuple français est lui aussi la victime.

Dans la droite ligne du discours du président François Hollande à Dakar, nous essayons, à l’occasion de cette visite officielle, de transmettre des messages sur la situation réelle de la Côte d'Ivoire. Une situation qui dessert les intérêts de la France et noie les sacrifices du gouvernement français consentis dans le cadre du Ppte qui ne profite pas à l’ensemble des ivoiriens. Sans compter le peu d’égards pour les droits de l’homme. Le président Hollande ayant apparemment opté pour une diplomatie de résultats telle que déclinée à Dakar, nous attendons de lui qu’il ait des échanges de solidarité et de vérité avec son hôte, dans l’esprit de respect mutuel que nous lui connaissons. Nous pensons être sur la bonne voie. Nos interlocuteurs ont été très sensibles à notre démarche.

 

Propos recueillis par DD Ray

 

23:02 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

que la côte d'ivoire aspire un peu à la democratie et que les gouvernants laissent l'opposition prêcher pour qu'ensemble nous allions pour une c.i. Nouvelle après 2015(élection).

Écrit par : thierry tah | 20/02/2014

Je m'inscris dans la logique du Président Eric KAHE et souhaite vivement que le Président ALASSANE OUATTARA retrouve rapidement la santé car nous sommes tous créatures de Dieu et il serait insensé de se rejouir face à la souffrance d'un être humain.
Il est aussi très important que tous les partis ivoiriens qui se reconnaissent de l'opposition se réunissent pour être très forts; car on n'a l'impression qu'il n'y a pas d'opposition actuellement en CI pour jouer le rôle d'opposant très indispensable pour la gestion d'un pays qui se dit démocratique.

Écrit par : Laure DEBI | 25/02/2014

Les commentaires sont fermés.