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16/02/2014

RÉCONCILIATION NATIONALE : L'ERSATZ DU GOUVERNEMENT D'UNION

L’actualité ivoirienne ne chôme pas. Car un autre sujet est en train de voler la vedette à l’opération d’Alassane Dramane Ouattara à Paris : le gouvernement d’ouverture ou d’union nationale.


Hier, un bi-hebdomadaire très sérieux, L’éléphant déchaîné, a levé le lièvre. «Nouveau gouvernement: 3 ministres pour le FPI», titrait-il à sa Une. Le calme plat et le silence plus ou moins embarrassé qui prévalent 24h après cette information, comme si personne ne la prenait au sérieux, indiquent clairement qu’il n’y a pas de fumée sans feu : le FPI ne ferme pas la porte à son entrée au gouvernement d’union nationale que le chef de l’État a annoncé, le 11 décembre 2013, au cours du discours inaugural de sa visite à Didiévi, région du Bélier.

En Côte d’Ivoire en particulier, le gouvernement d’union nationale ou d’ouverture n’est pas la panacée; c’est un ersatz qui a montré toutes ses limites. Au cours de son mandat, Aimé-Henri Konan Bédié, qui avait engagé une guerre frontale contre Alassane Dramane Ouattara afin de le neutraliser politiquement en usant de l’arme de l’ivoirité, avait tenté de séduire le FPI, en alliance avec le RDR dans le cadre du Front républicain. Au nom de la vieille stratégie du diviser pour mieux régner. Il proposa la présidence du Conseil constitutionnel à Boniface Ouraga Obou, cadre du parti, et des postes ministériels au parti à la rose. Niet, répondit sèchement Laurent Gbagbo. «Aller au gouvernement pour qui et pour faire quoi ?» s’était-il interrogé après avoir refusé le poste de président du Conseil constitutionnel.

Alors, contre mauvaise fortune, Bédié avait fait bon cœur. Il nomma dans son gouvernement d’abord Bernard Zadi Zaourou, secrétaire général de l’USD à la Culture, et Romain-Francis Vangah Wodié, premier secrétaire du PIT (à l’Enseignement supérieur) qu’il avait laminé à la présidentielle du 22 octobre 1995 avec un score soviétique de 96.44%. Ce replâtrage n’empêcha pas qu’il soit renversé le 24 décembre 1999, moins d’un an avant la fin de son mandat. Par un vieux cheval de retour, le général de brigade Robert Guéi.

Car, c’est cet officier général que Bédié soupçonnait de fomenter un putsch, qu’il limogea, le 21 octobre 1995, veille du scrutin présidentiel. Bédié lui reprochait de refuser, sans ordre écrit, de faire intervenir l’armée pour réprimer les manifestations destinées à empêcher par tous les moyens le déroulement de la présidentielle – c’est le boycott actif - décrétées par le du Front républicain. Nommé dans la foulée ministre des Sports, il est renvoyé en août 1996 puis mis à la retraite de l’armée en janvier 1997.

A la tête des «Jeunes gens», comme il appelait les putschistes de décembre 1999, il crée le Comité national de salut public (CNSP, junte militaire) et forme un gouvernement de transition de transition militaire comprenant, à l’exception notable du PDCI (parti déchu), tous les partis qui comptent sur l’échiquier politique. La montagne accoucha d’une souris : d’une part, le FPI et le RDR étalèrent leur division dans la répartition des portefeuilles ministériels au point de mettre fin à leur alliance politique; et d’autre part, le chef de la junte se sépara de tous les représentants du RDR au sein de la coalition gouvernementale, entraînant une transition extrêmement mouvementée avec notamment des tentatives de contrecoup d’État, le clash avec les généraux Lassana Palenfo, n°2 de la junte, et Abdoulaye Coulibaly, n°3 de la junte, qui ont trouvé refuge à l’ambassade du Nigeria à Abidjan parce que poursuivis pour complicité de tentative d’assassinat et de coup d’État.

Laurent Gbagbo ne fut pas en reste quand il accéda au pouvoir d’État, en octobre 2000. Il tendit la main aux poids lourds de la politique ivoirienne. Si après les gouvernements du 30 octobre 2010 et 4 mars 2001, il ne put composer qu’avec le PDCI, la troisième tentative fut la bonne. Le 5 août 2002, le RDR acceptait de faire partie du 3è gouvernement Affi N’Guessan aux côtés du FPI et du PDCI. Et l’on pouvait alors penser que tout se normaliserait assez vite après les soubresauts des élections générales. C’était vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Car le 19 septembre 2002, soit 44 jours après le jackpot, le pouvoir ivoirien était attaqué par une rébellion armée qui a tenté de le renverser.

Si cette tentative échoua, la rébellion créa un kyste à Bouaké et occupa le nord de la Côte d’Ivoire baptisé zone CNO (centre-nord-ouest). De négociations en accords de paix, la Côte d’Ivoire connut, sous une période de transition de 2003 à 2010, trois nouveaux premiers ministres (Seydou Elimane Diarra, Charles Konan Banny et Soro Kigbafori Guillaume), avec un gouvernement hétéroclite, fait «de vers de terre, de serpents, de crapauds», selon l’image de Laurent Dona Fologo, qui prenait ses instructions, non en conseil de gouvernement mais dans les états-majors des partis politiques. Sans aucune ligne directrice, avec un président qui n’était plus le détenteur exclusif du pouvoir exécutif et sans aucun programme de gouvernement, sauf celui flou de la sortie de crise, la Côte d’Ivoire a fait du pilotage à vue, dans une parfaite cacophonie et une indiscipline caractérisée. De triste mémoire avec les résultats de cette gestion catastrophique que nous savons.

Mais voici le gouvernement d’union qui montre encore son nez comme le monstre de Loch Ness. C’est la traduction sans bavure que la classe politique ivoirienne, en ménopause intellectuelle, reste en panne sèche. N’ayant aucune solution viable ou novatrice, elle se contente du surplace et de prêt-à-porter. A l’image des programmes d’ajustement structurel (PAS) qui ont été imposés, par les bailleurs de fonds, à tous les pays pauvres, en 1990, sans aucun résultat probant, le gouvernement «n’zassa» est devenu la nouvelle trouvaille que les maîtres du monde imposent, à toutes les sauces, à toutes leurs succursales.

Or, la Côte d’Ivoire a besoin, après cette grave crise qui dresse radicalement les uns contre les autres, de sortir des sentiers battus. Pour panser ses grosses plaies purulentes. Sinon, comment croire que dans un pays profondément divisé, comme la Côte d’Ivoire, sur des sujets très sensibles comme la libération réclamée de Laurent Gbagbo détenu à La Haye et des nombreux prisonniers politiques au nombre desquels son épouse et Charles Blé Goudé, l’encasernement des FRCI et le retour des dozo ou chasseurs traditionnels dans leur zone d’origine (le nord du pays), l’entrée de deux ou trois cadres FPI dans le gouvernement Duncan pour partager le gâteau est la clé-sésame? Il faut tout simplement être l’autruche qui préfère enfouir la tête dans le sable pour croire éviter le danger.

Ferro Bally, journaliste indépendant

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