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31/01/2014

RETOUR DES EXILÉS, LA CAROTTE ET LE BÂTON (Par Ferro Bi Bally)

À l'accueil de Marcel Gossio, ex-directeur général du Port autonome d'Abidjan, des ministres dont Anne Oulotto et des élus du RHDP (alliance politique formée du Pdci, du Rdr, de l'Udpci et du Mfa) de la région du Cavally, sa région d'origine. C'est incontestablement le retour de l'enfant prodigue que le chef de l’État avait souhaité. À cet effet, il sera reçu même par le ministre d’État, ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko, où, en signe d'allégeance, il fera son mea culpa.

Retour, en revanche, relativement plus discret pour Alain Dogou, dernier ministre de la Défense de Laurent Gbagbo. À sa descente d'avion, des membres de sa famille biologique et Gervais Coulibaly-Délinpelna, porte-parole de Laurent Gbagbo jusqu'à sa chute. Ce dernier, depuis qu'il est rentré d'exil du Ghana, est en deal avec l’État pour obtenir le retour au pays de tous les exilés.

Ces différents retours, qui ont commencé avec ceux de Gbamnan Djidjan, ancien maire de la commune de Yopougon, et d'autres anonymes, ont, de l'avis du député Soro Alphonse, un père: Alassane Dramane Ouattara. Car le pouvoir est à l'abordage pour transformer l'échec de son offensive diplomatique en victoire politique.

Dès sa prise du pouvoir au lendemain du 11 avril 2011, Alassane Dramane Ouattara n'a pas fait dans la dentelle pour réduire à néant les poches de résistance et neutraliser le danger représenté par le FPI. Aux arrestations massives et à l'emporte-pièces des pro-Gbagbo, ont correspondu des mandats d'arrêt internationaux lancés contre tous les pontes du régime déchu qui ont trouvé leur salut dans l'exil au Ghana et au Togo particulièrement.

Les résultats n'ont pas crevé les yeux. C'est vrai que deux gros poissons sont tombés dans la nasse de l’État: Moïse Lida Kouassi, ex-sécurocrate du régime déchu, a été arrêté le 6 juin 2012 à Lomé, en violation de toutes les règles internationales, et extradé le même jour en Côte d'Ivoire. "Il avait en sa possession des documents qui le compromettent dans des projets de déstabilisation de la Côte d'Ivoire. Les autorités togolaises nous ont transmis ces documents fort utiles qui seront exploités par nos services", expliquait Alassane Dramane Ouattara.

Mais contre toute attente, ce dangereux déstabilisateur placé sous mandat de dépôt pour "atteinte à la sûreté de l'État" et livré à la vindicte populaire par Hamed Bakayoko sur les antennes de la RTI1, sera mis, le 5 août 2013, en liberté provisoire avec treize autres personnalités du FPI dont Affi N'Guessan, président du parti, et Abou Drahamane Sangaré, vice-président.

Charles Blé Goudé, ex-leader de la galaxie patriotique, n'a pas été logé à la même enseigne. Arrêté, lui aussi, chez lui à Téma, dans la banlieue d'Accra au Ghana, le 17 janvier 2013 et extradé manu militari le même jour à Abidjan, il est toujours en détention dans une "résidence protégée". Il est placé sous mandat d'arrêt de la CPI qui demande son transfèrement aux autorités.

Mais le pouvoir Ouattara, vu toute la mobilisation diplomatique, a perdu dans ce qui apparaissait comme sa plus grosse prise: Justin Koné Katinan, ministre du Budget dans le dernier gouvernement Gbagbo. Accusé d'avoir détourné 300 milliards de nos francs aux dépens de l’État ivoirien, il est sorti vainqueur du procès en extradition que l’État a intenté contre lui au Ghana.

Tout comme le pouvoir ivoirien est en train de laisser des plumes, en Europe, dans le cadre d'une procédure pénale instruite contre des pro-Gbagbo pour blanchiment d'argent sur saisine du procureur de la république près le tribunal de 1ère instance d'Abidjan. Les autorités helvétiques viennent de lever l'ordonnance de séquestre des avoirs de quatre pro-Gbagbo parce que l'origine criminelle des avoirs, plus particulièrement le lien entre les fonds détenus en Suisse et les activités ministérielles ou professionnelles en Côte d'Ivoire des mis en cause, n'a pas été établi. Échec et mat.

Ces différents camouflets ont fait comprendre au pouvoir ivoirien qu'il faut changer son fusil d'épaule, au risque de se ridiculiser dans toutes les actions engagées, tambour battant. Non seulement les États voisins, en l'absence de tout accord en matière d'extradition, ne se montrent pas coopératifs, mais les hommes forts du régime ivoirien se sont, enfin, rendus compte que l'on n'attire pas les mouches avec du vinaigre. D'où toutes les opérations de séduction et de débauchage des exilés. Ceux-ci, à la différence des pro-Gbagbo détenus au pays et provisoirement libérés à dose homéopathique, sont désormais assurés de la vanité des mandats d'arrêt internationaux lancés contre eux, s'ils acceptent de rentrer.

Quelques poissons ont mordu à l'hameçon, mais ce n'est pas encore le raz-de-marée. Car la quasi-totalité des exilés (civils et militaires), auxquels une cour assidue est faite, ont un et un seul préalable: la libération de leur mentor Laurent Gbagbo. Et voici le régime à la case départ.

Maurice Ferro Bi Bally, Journaliste indépendant (ex Fraternité Matin)

 

10:30 Publié dans Analyses politiques, Crises Ivoiriennes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | |

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