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14/11/2013

CARTE D’IDENTITÉ….SI TU VEUX DÉTRUIRE UN PEUPLE

Aird Afrique à inventer Blog.png

Au moment où nous apprenons que des Frci seraient en train de tabasser violemment un jeune élève (Source Alain Do Bi) qui ne peut produire de carte d’identité parce que mineure, relisons cette Carte d’identité de Jean Marie Adiaffi, qui avait prévenu de ce qui nous arrive. Une contribution que nous a fait parvenir une  jeune militante de l’Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (Aird)

La Rédaction



 "Tout commence par une farce. Une farce grand-guignolesque tropicale dans l'Afrique coloniale, celle des travaux forcés et des nègres aux ancêtres gaulois. Le vieux Mélédouman, prince de Béttié, est arrêté. Il est arrêté à son modeste domicile, arrestation burlesque perpétrée par le commandant Lapine et son adjoint simiesque, pour un motif inconnu, et la comédie se mue en une tragi-comédie kafkaïenne lorsque Mélédouman est mis aux fers pour ne pas être en mesure de produire sa carte d'identité.

"Ta carte d'identité ! Ta carte d'identité !
Qu'est-ce que c'est que cette histoire de carte d'identité ? Regardez-moi bien. Sur cette joue, cette marque que vous voyez, c'est ma carte d'identité. J'ai sur mon corps d'autres marques qui concourent à la même démonstration. S'additionnent pour donner la même preuve. La preuve par le sang de ce que je suis. Ce sont mes ancêtres qui sont fondateurs de ce royaume, de cette ville.
Tout ici constitue ma preuve et ma carte d'identité. Puisque tout ici
m'appartient et atteste ce que je suis, qui je suis. Le ciel et la terre."

Cette revendication coûte cher à Mélédouman. Torturé sept jours durant au point d'en perdre la vue, il est sommé de produire sa carte d'identité sous huit jours sous peine de retourner au cachot. Et la tragédie devient une odyssée. Avec sa petite fille pour seule guide, à travers les yeux d'une enfant, le vieux Mélédouman se retrouve ballotté dans sa ville au gré des événements, sans jamais parvenir à rentrer chez-lui. De la cour d'Abadjinan le mécène où se perpétue la culture ancestrale au travers des arts, jusqu'à l'école régionale où un enfant est battu pour avoir parlé sa langue maternelle par un instituteur bien intentionné, en passant par l'église catholique d'un prêtre affairiste qui se débat comme un beau diable contre la féticheuse à laquelle il avait dérobé ses tambours sacrés, JM Adiaffi nous brosse un tableau épique, lyrique et poétique de l'identité Agni, Akan, Africaine. Car au-delà de la symbolique carte d'identité, c'est bien de cette identité culturelle là dont il s'agit, de cette tradition orale aux prises avec la tradition écrite occidentale.

"Si tu veux atteindre un peuple dans son intimité la plus profonde, si tu veux déraciner un peuple, si tu veux désespérer, déséquilibrer un peuple, si tu veux rendre un peuple vulnérable pour l'abattre avec une facilité puérile, en un mot, si tu veux assassiner infailliblement un peuple, si tu veux le tuer de science certaine : détruis son âme, profane ses croyances, ses religions. Nie sa culture, son histoire, nie tout ce qu'il adore et l'objectif sera atteint, sans que toi-même tu t'en aperçoives."

"La carte d'identité" est certes une métaphore politique, mais a avant tout une dimension psychologique et philosophique, trop rare tribut à la sagesse africaine proverbiale. On peut aussi se demander si ce roman n'est pas quelque peu auto-biographique lorsque le vieux Mélédouman dévoile un secret qu'il avait bien gardé, par fierté, parce
qu'un prince Agni est avant tout au service de son peuple.

"Car, contrairement à vos rois, les nôtres exécutent en tous points la volonté du peuple, faute de quoi il sont immédiatement détrônés par le conseil des notables. C'est donc moi qui ai besoin de mon peuple et non lui qui a besoin de moi. C'est moi qui ai besoin de respirer au même rythme que son cœur, de sentir battre le mien en harmonie avec le sien."

La carte d'identité
J-M Adiaffi
Monde noir Poche
ISBN 2 218 05444 2
 



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