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23/04/2012

FONCIER en COTE D'IVOIRE: QUE S'OUVRE LE DÉBAT

 

Au soir du 1er tour de l'élection présidentielle française du 22 avril 2012 qui place François Hollande en tête, par ailleurs super favori des sondages au 2ème tour, l'AFP a publié la dépêche ci-dessous. Nous vous invitons à la lire, afin que s'ouvre le débat sur le Foncier rural en Côte d'Ivoire.:

Un an après avoir connu les tueries de la crise postélectorale, l'Ouest de la Côte d'Ivoire reste en proie à de vives tensions intercommunautaires liées au sol: "la pression sur nos terres peut déclencher une autre guerre", avertit le chef du village de Niambly. "Est-ce parce que Dieu nous a donné des terres si riches que nous sommes chaque fois meurtris, persécutés, pourchassés?", lance le chef Patrice Sanhan, 60 ans, entouré de ses notables à l'ombre d'un manguier dans la cour de sa maison. Il évoque une "malédiction".

Niambly est un gros village de planteurs aux maisons de banco (terre séchée) ou de briques, au cœur de la forêt de l'Ouest. La région est visitée depuis ce week-end par le président Alassane Ouattara, qui doit conclure son périple lundi à Duékoué, théâtre des pires tueries de la crise de décembre 2010-avril 2011 (quelque 3.000 morts au total dans le pays), par suite des rivalités politiques, des tensions ethniques et des litiges fonciers.

On cultive à Niambly (6 km au sud de Duékoué), comme dans tout l'Ouest, riz, maïs, hévéa et cacao dont le pays est premier producteur mondial. Les riches sols ont attiré des Baoulé (ethnie du Centre), des Dioula du Nord mais aussi des Burkinabè et des Maliens, aux côtés des autochtones guéré. "Ce n'est pas parce qu'on a accepté de vivre avec nos frères burkinabè qu'ils doivent être propriétaires de nos terres", s'insurge Patrice Sanhan.

Les Burkinabè, les "allogènes" comme on dit ici, sont accusés par les Guéré d'occuper illégalement leurs terres, des litiges qui débouchent depuis des années sur des violences dans toute la zone. Selon le chef de Niambly, "il est vital de désamorcer la bombe foncière" alors que "des cars remplis de Burkinabè arrivent chaque jour" dans la région.

 "Déclaration de guerre"

Ces tensions ont été aiguisées par la crise postélectorale: les partisans du président déchu Laurent Gbagbo étaient nombreux parmi les Guéré, face aux autres communautés, largement pro-Ouattara.

Beaucoup de Guéré avaient fui le village pendant les troubles et certains ont encore peur de regagner leurs champs, selon eux souvent occupés à présent par leurs anciens ouvriers "allogènes". Des craintes balayées par leurs voisins.

A Niambly, le quartier des "allogènes" est séparé de celui des Guéré par la route principale. C'est là que vit Georges Souli, petit commerçant burkinabè de 30 ans. Au milieu de sacs de riz et de bidons d'huile, il reproche aux Guéré de manquer à "la parole donnée", ce qui expliquerait pour lui de nombreux conflits. "Ce sont les mêmes qui vous cèdent les terres et veulent vous en déposséder quelques années après", affirme-t-il. Près de lui, plusieurs de ses compatriotes acquiescent.

Sans état d'âme, il oppose l'immigré "travailleur" à l'Ivoirien du cru, le "forestier paresseux" et "jaloux" des "fruits de notre labeur, nos motos, nos vélos", reprenant une distinction qui a la vie dure et dont le romancier ivoirien Venance Konan a tiré un parti humoristique dans ses livres ("Robert et les Catapila", notamment).

Chaussé de bottes et machette en main, Michel Kaboré revient de sa plantation de cacao. Ce Burkinabè met en garde: "tenter de nous retirer les terres serait considéré comme une déclaration de guerre".

De l'avis général, une régularisation des actes de vente par l'administration pourrait résoudre bien des problèmes. Un "comité de règlement des litiges fonciers", dirigé par le préfet et composé des chefs locaux, vient d'ailleurs d'être créé dans le département.

A chaque étape de sa visite dans l'Ouest, le président Ouattara vient parler réconciliation et développement, mais ces défis seront difficiles à relever si le problème des terres n'est pas traité. La question sera en tête des dossiers qui attendent la nouvelle Assemblée nationale. Elle ouvre ses travaux la semaine prochaine.

 A vos commentaires, libres et constructifs

 

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François Hollande en tête du 1er tour ... 2 candidats "anti-système" se positionnent

PARIS (Reuters) – Le second tourde l'élection présidentielle française opposera le 6 mai le socialiste FrançoisHollande, en tête dimanche à l'issue du premier tour, à Nicolas Sarkozy, qui juge que rien n'est joué malgré une réserve de voix incertaine.

Le député de Corrèze était donné gagnant dimanche soir par cinq instituts de sondage, qui lui prédisent un score allant de 53 à 56% au deuxième tour.

Fait marquant de cette première manche, la candidate du Front national, Marine Le Pen, qui menait à 43 ans sa première campagne dans le sillage de son père, signe le meilleur score présidentiel de l'extrême droite sous la Ve République avec 18,2% des suffrages, soit près du double de Jean-Marie Le Pen en 2007, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur après dépouillement de 95% des bulletins de vote.

Une percée plus notable qu'attendu à rapprocher de la poussée des partis d'extrême droite dans plusieurs autres pays européens face à une crise économique aiguë.

"La bataille de France ne fait que commencer. Rien ne sera plus comme avant. (...) Il ne s'agit là que d'un début", a déclaré la présidente du FN lors d'un discours à Paris. "La vague bleu marine fait trembler le système", a-t-elle souligné.

Le député de Corrèze François Hollande, qui ambitionne de ramener la gauche au pouvoir en France 31 ans après la victoire de François Mitterrand, obtient 28,46% des suffrages exprimés devant Nicolas Sarkozy (27,06%), selon l'Intérieur.

"Au terme de ce premier tour, je suis le candidat du rassemblement pour le changement. Ce rassemblement doit être le plus large possible", a déclaré François Hollande dans son fief de Tulle (Corrèze), en saluant nommément Jean-Luc Mélenchon et l'écologiste Eva Joly qui ont appelé à voter en sa faveur sans négociation.


SARKOZY PROPOSE TROIS DÉBATS À HOLLANDE

C'est la première fois sous la Ve République qu'un chef de l'Etat sortant n'est pas en tête à l'issue du premier tour. Le scénario du second tour n'en est pas pour autant écrit.

François Mitterrand l'avait par exemple emporté en 1981 après avoir été deuxième à l'issue du premier tour et ayant été éliminé en 1974 après avoir devancé Valéry Giscard d'Estaing.

Dans le camp présidentiel, on estime que "rien n'est joué", pour reprendre les termes du Premier ministre François Fillon.

"Les deux candidats sont maintenant un devoir de vérité et un devoir de courage", a déclaré Nicolas Sarkozy lors d'un discours à la Mutualité, à Paris.

"Le moment crucial est venu, celui de la confrontation des projets", a-t-il poursuivi, appelant à trois débats avec son adversaire socialiste, dont il a fustigé "la fuite en avant dans les dépenses publiques sans aucun contrôle".

Ce dernier a répondu depuis Tulle qu'il ne souhaitait toujours qu'un seul débat avec le président sortant.

Cinq ans après un scrutin présidentiel marqué par une participation exceptionnelle au premier tour (83,77%), les 44,5 millions d'électeurs appelés aux urnes se sont fortement mobilisés, au-delà de 80%, démentant des enquêtes alarmantes sur l'abstention et une désaffection supposée envers la politique.

Marine Le Pen réussit donc le pari d'obtenir la troisième place, dépassant le score qui avait permis à son père de se qualifier le 21 avril 2002 pour le second tour (16,86%). "Une soirée historique" pour le FN.


BAYROU PRENDRA SES "RESPONSABILITÉS"

Un temps considéré comme "le troisième homme" possible du scrutin par les instituts de sondage, le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui vivait lui aussi son baptême du feu électoral, échoue à détrôner le FN.

Dans la bataille du "front contre front", le député européen recueille 11% des voix, une déception pour le trublion à la cravate rouge qui dispose toutefois d'un ascendant notable pour peser dans l'entre-deux-tours et au-delà.

"C'est nous qui avons les clés du résultat", a lancé Jean-Luc Mélenchon devant ses militants sur la place de Stalingrad, à Paris, appelant à "tourner la page des années Sarkozy". "A cette heure, en conscience, il n'y a rien à négocier", a-t-il ajouté.

Marine Le Pen se prononcera pour sa part le 1er mai lors d'un discours place de l'Opéra à Paris, à l'occasion de la fête de Jeanne d'Arc, a précisé Louis Aliot.

Selon les projections, les reports de voix FN vers l'UMP au second tour sont plus mauvais qu'en 2007, ce qui obère les chances de réélection de Nicolas Sarkozy, qui avait obtenu 31,18% des voix au premier tour il y a cinq ans en captant une bonne part de l'électorat frontiste.

Cette année, moins d'un électeur de Marine Le Pen sur deux serait prêt à se prononcer pour le chef de l'Etat sortant, qui avait pourtant tenté une nouvelle entreprise de séduction.

Signe d'une élection dite de "crise", deux candidats "anti-système" se placent ainsi dans le quatuor de tête.

Le centriste François Bayrou fait les frais de cette recomposition politique. Troisième en 2007 avec 18,57% des voix, le président du Mouvement Démocrate (MoDem) est relégué en cinquième position 9,1 % des voix. "C'est un résultat décevant. (...) On a vécu une campagne consternante", a commenté sur TF1 Marielle de Sarnez, sa conseillère politique.

Le député béarnais, qui entend rassembler la diaspora centriste au lendemain du 6 mai, n'a pas dévoilé pour l'heure ses intentions pour l'entre-deux-tours - consigne de vote, ou pas, comme en 2007. Il a annoncé qu'il prendrait ses responsabilités après avoir écouté les réponses des deux finalistes en termes de "valeurs" et d'"action à conduire".


La candidate écologiste Eva Joly ne recueille que 2,2% des voix, mieux que Dominique Voynet en 2007 (1,57%) mais loin du meilleur score présidentiel des Verts : Noël Mamère avec 5,25% des voix en 2002. "Le score du FN est une tache sur les valeurs de notre démocratie, un avertissement pour chaque responsable", a-t-elle estimé.


Les candidats d'extrême gauche Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) obtiennent près de 3% à eux deux. Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, président de "Debout la République", est crédité d'environ 1,81%.

 

Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

05:45 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | |

15/04/2012

Eric Kahé et le 11 Avril: "Duékoué, ma douleur..."

 

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Le 11 avril ce n'est seulement une date. C'est toute l'histoire et l'avenir d'un pays.

Le 11 avril, c'est d'abord le 28 mars avec la descente des FRCI sur Duékoué accompagnée de violents pillages et du carnage dont j'ai encore la chair de poule. Ce sont trois semaines de communications avec des populations et des parents refugiés en brousse, sans nourriture ni chauffage, vivant de tubercules et fruits sauvages et traqués par des Dozos qui tiraient sur eux comme des lapins. 

Le 11 avril ce sont les pleurs d'adultes, entre le 28 mars et le 15 avril, qui résonnent encore dans mes oreilles. Ce sont des femmes et des enfants, en brousse avec un seul vêtement ou même presque nus. Cachés dans les forêts de sommet de montagne ou sur les flancs si ce n'est dans les grottes, ils ont dépassés par les évènements et ne comprennent pas la cruauté qu'ils subissent, incapables de pointer le nez dans un sentier. Pour beaucoup, le cauchemar n'a pas de nom et l'issue semble sans issue. 

Le 11 avril, c'est le souvenir du quartier Carrefour de Duékoué, c'est Guitrozon, Pinhou, Bagé "B", Fengolo, Guézon, Adzopé, Daloa, Yakro, le Zanzan, Guiglo, Toulepleu et tant d'autres localités, etc. Ce sont des appels au secours pour lesquels je suis d'une impuissance qui en ajoute à mes peines et douleurs.
Seul un ami mien, avec qui je partage une commune Foi en Jésus-Christ relaie sur les chaînes internationales et sur son blog ces terribles informations au fur et à mesure qu'elles sont portées à ma connaissance. Me sachant incapable de lui mentir, il dira tout sur les massacres de Duékoué, comme s'il y était et la suite ne nous a pas fait mentir... La première description géographique du quartier "Carrefour", c'est lui.

Le 11 avril c'est un homme impuissant, brisé, informé de graves détresses et d'exactions inhumaines et appelant à son tour des secours qui ne se manifestent pas. C'est la crainte de voir les téléphones portables des survivants se décharger et me mettre dans une position de ne plus pouvoir communiquer avec eux. De sorte que mon premier reflexe est de leur faire éteindre tous les portables sur une zone de cachette et de ne communiquer que sur un seul. Une fois cette batterie épuisée on passe à un autre portable avec la même puce. Ce sont les exécutions sommaires dans de nombreux villages de l'Ouest et presque partout en Côte d'Ivoire. La vie humaine naguère si sacrée a alors moins de valeur que celle d'un poulet. La longue liste des décès annoncés au fur et à mesure. L'impression d'être dans un cauchemar sans fin.

Le 11 avril, c'est un homme qui quitte son domicile d'Abidjan le 30 mars pour une réunion et qui n'y est jamais retourné. Commence alors une longue errance à la recherche d'un toit pour passer la nuit du 30 mars, ma famille ayant fui les bombardements pour me rejoindre dans la rue. Oui, surréaliste mais dans la rue. Très tard dans la nuit, je trouve refuge, coincé avec ma famille dans un studio donnant directement sur une rue en Zone 4. Je vais rester cloîtré dans ce studio sans jamais voir le soleil, du 30 mars au 15 avril, moralement incapable d'abandonner le président Laurent Gbagbo sous les bombardements et quitter Abidjan. 

Le 11 avril, c'est un homme exténué, vidé de tout influx nerveux pour être passé par toutes sortes d'émotions. C'est la peur d'une agression, notamment sexuelle sur les enfants, et craignant de manquer à tout moment d'eau ou de nourriture pour des gamins. C'est assister en direct par téléphone aux pillages de longues années de travail, sous prétexte que ce sont les biens de l'Etat. Des montagnes entourant Guitrozon, les jeunes décrivaient la rotation des camions entiers de transport affectés aux pillages. C'est le souvenir de mon oncle Nahi Doh, abattu à bout portant par ceux qui voulaient emporter mon cheptel. 

Le 11 avril est aussi pour moi, le souvenir de ma fillette qui m'arrose d'eau quand je tombe dans les pommes à la description des massacres du quartier Carrefour de Duékoué. Devoir s'occuper de son père à 9 ans! Et pourtant, nous avions tout fait pour cacher notre désarroi aux enfants. Etre en vie relève de la grâce de Jésus Christ, même si des serviteurs de Dieu ont subitement choisi de me renier, au nom des intérêts de leur pays.

Le 11 avril c'est cette image de l'arrestation du président Laurent Gbagbo devant laquelle toute la famille s'est effondrée. Si la loyauté et la fidélité sont des qualités, alors les nôtres lui sont garanties. 

Car le 11 avril c'est aussi le 7 avril, 30ème anniversaire du TGV. Ce jour est marqué sur les chaînes françaises, par les témoignages poignants de fidélité de Guy Labertit à Laurent Gbagbo. Sous les bombes assourdissantes qui illuminaient le ciel abidjanais, je savais la cause entendue et perdue mais un homme avait conquis mon cœur, sans compter l'héroïsme émouvant et la fidélité des collaborateurs immédiats du Chef.

L'entreprise de mon épouse réussira à l'exfiltrer avec les enfants le 13 avril pour une capitale de la sous-région où je ne me sentais malheureusement pas le bienvenu. Les persuader de partir a été extrêmement difficile puisqu'ils étaient ma couverture. Avec ma réserve d'eau et de biscuits, je les ai suppliés de partir après le premier départ refusé afin cela me laisse les coudées plus franches. En plus, c'est moi qui avais la responsabilté de mon engagement politique et non eux...

Le 11 avril, c'est une sortie miraculeuse d'Abidjan le 15 avril grâce à cet appel miraculeux, la veille, d'un homme dont j'avais du mal à reconnaître la voix et qui me demande de lui faire confiance. C'est quand je suis hors du pays qu'il décline son identité, ayant agi pour le compte d'un aîné qui a pensé à moi dans cet océan de sollicitations.

Le 11 avril, ce sont ces questions qu'on ne finit pas de se poser: pourquoi, comment, pour qui, jusqu'où, jusques à quand? Comment, pourquoi des organisations naguère si crédibles à nos yeux ont-elles pu s'installer dans le mensonge et le complot?

Le 11 avril c'est déjà un an d'exil auquel je n'étais guère préparé mais tout au long duquel j'ai pu expérimenter l'amour de Dieu. C'est enfin des hommes et des femmes, majoritairement victimes, de qui l'on attend qu'ils se repentent pour des fautes qu'il n'ont jamais commises, les opinions politiques et la relative réussite sociale à la force du poignet ne pouvant être des délits. 

Le 11 avril, c'est surtout un homme prêt au pardon et à la réconciliation dans la dignité. Devant l'immense besoin de réconciliation en pansant sincèrement les plaies, je prie Dieu qu'il touche le cœur de chacun. Pour que cesse les comportements de revanchards – de quoi d'ailleurs?- et qu'ensemble nous puissions regarder avec réalisme la situation catastrophique du pays et entamer un nouveau départ.

Eric KAHE, Président de l'AIRD

11 avril 2012 - En mémoire de mon oncle Nahi Doho (Extrême droite sur la photo) et de tous les disparus du "11 avril"