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04/11/2011

HYMNE A LA RECONCILIATION

Dans une contribution en date du 19 Juillet 2011, mais parue dans le quotidien Fraternité Matin bien plus tard, Monsieur VINCENT TOHBI IRIE
nous sert un véritable hymne à la Réconciliation.
Nous avons beaucoup aimé et vous invitons à le méditer


APPELS A TEMOINS

La Commission dialogue, vérité et réconciliation a été investie et commencera ses travaux. Ce ne sera pas le Jugement Dernier. Mais ce n’est pas le premier non plus. L’heure est venue de savoir ce que chacun a fait ou pas face à la dérive que l’Histoire a imposée à ce pays. Dans le cadre des confessions pour la réconciliation et des enquêtes judiciaires sur les responsabilités dans la débâcle nationale, que tous les témoins se manifestent, disent ce qu’ils savent, ce qu’ils ont fait. Ou se taisent à jamais.

Elle est venue l’heure de parler et de se libérer du démon du silence dans lequel des actes ont été commis en toute impunité. La parole est d’or, mais pas quand elle dort. Le peuple peut devenir fou, de façon passagère ou permanente et la danse meurtrière peut être pendant quelque temps le rythme à la mode auquel se déhanchent les puissants du moment. Le peuple doit parler afin que ne sommeillent pas tous les souvenirs des horreurs, fantômes prêts à se réincarner et à sévir. Appels donc à témoins.

Appel à témoins à tous ceux qui, après la mort du Père, ont été à la base de concepts ravageurs ayant brisé l’unité nationale si durement et fièrement acquise. Le cloisonnement et la catégorisation des Nationaux avaient bien des explications pour leur rationalité contextuelle qu’il convient de livrer aujourd’hui au domaine public, même si ces explications ne sont pas encore frappées de prescription politique. Dans ce chapitre, l’appel concerne aussi ceux qui ont exploité, par une savante victimisation et martyrisation, les fissures de l’unité nationale afin d’en tirer des bénéfices individuels, politiques ou communautaires.

Appel à témoins aux ingénieurs du «boycott actif» qui alliés d’un temps en 1995, ont mis en scène les premières répétitions des violences électorales en Côte d’Ivoire et qui, dans le silence des médias et des organismes internationaux, ont mis à feu et à sang, les bourgades jadis pacifiques et les communautés qui vivaient en presque parfaite harmonie. Appel aussi aux responsables administratifs civils et militaires de l’époque qui, dans un zèle toujours répugnant, ont utilisé des moyens disproportionnés pour réprimer. Les deux camps se doutaient-ils qu’ils semaient le vent et que la récolte de la tempête serait trop mature et précoce?

Appel à témoins aux officiers et sous-officiers déloyaux qui ont rompu l’ordre républicain en décembre 1999 (ce n’est jamais bon signe de contrarier le calendrier divin), à 10 mois du renouvellement des instances politiques. Leurs stratégies militaires myopes n’ont pas évalué l’hypothèse de l’ouverture de la boîte de vipères pendant les dix années qui suivraient. Eux et leurs soutiens, manipulateurs et zélateurs, sont attendus à la barre.
Appel aux témoins civils et militaires des élections de 2000, ceux qui ont tenté de voler une victoire électorale et ceux qui l’ont arrachée brutalement, ceux qui l’ont remise en cause et ceux qui ont maté ceux qui l’ont remise en cause. Les blessures profondes de cette époque, difficiles à soigner, ont gangrené le corps Ivoire jusqu’à sa pourriture.

Appel à témoins aux rebelles, aux loyalistes, aux assaillants, aux félons, aux patriotes, aux escadrons de la mort et de l’Armée, aux guépards et aux serpents, aux traîtres, aux espions, aux fidèles, aux renégats, aux Fds et aux Fn ; engagés dans une lutte à mort depuis 2002. Tous les crimes, les tortures réclament justice et explication.

Appel à témoins aux troupes étrangères qui ont tiré sur des manifestants aux mains nues et massacré des dizaines de Nationaux Ivoiriens sur leur propre sol et dans l’indifférence totale de la fameuse opinion internationale.
Appel à témoins à ceux qui ont transformé la candeur de la jeunesse ivoirienne en machine à tuer, qui ont transformé le mérite du cerveau en forces des bras et de la langue, qui ont fait de l’Université un camp retranché, un repaire de voyous. Appel aux syndiqués qui ont découvert leur vocation politique dans les agoras et, ô sacrilèges, sorbonnes. Thierry Zébié, Abib Dodo et beaucoup d'autres âmes en peine voudraient savoir pourquoi vous les avez lynchés, pendus, battus, trucidés, assassinés.

Appels à témoins pour la justice et la réconciliation et surtout pour la reconstruction spirituelle au bout du chemin.
19 juillet 2011
VINCENT TOHBI IRIE

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